vendredi 21 juillet 2023

TESTE POUR VOUS : LA NUIT SUR FUTON DANS UNE STATION THERMALE A HOKKAIDO

Ce n’est pas la première fois que je dors sur un futon, que ce soit dans une auberge traditionnelle (appelée ici ryokan) ou chez l’habitant mais c’était souvent une chambre collective comme du côté du temple nr. 6 de Shikoku où toutes les filles étaient dans une même chambre et les hommes dans une autre. Ici c’est dans un hôtel à Sounkyo, la station thermale la plus réputée de la région au pied du mont Kurodake, et j’ai une chambre individuelle (on en revient au fameux supplément single pour avoir une bulle à soit le soir quand on voyage en groupe). 

APRES (le repas)

C’est toujours aussi magique le avant / après ! Quand tu arrives, il n’y a aucun lit préparé au sol : tu as plutôt en évidence la table basse si jamais tu prends ton repas là ou si tu souhaites travailler ou encore te reposer en buvant un thé et lisant. Et puis, durant le moment où tu es au repas, une équipe passe dans la chambre, pousse la table et installe le futon pour la nuit comme sur la photo ci-dessus.


AVANT (mon arrivée)

Notez les pantoufles spéciales pour aller dans
la mini sdb... où tu ne sais pas faire deux pas !

Dans une telle chambre, il est évident que les chaussures restent dans l'entrée et qu'on marche en chaussettes ou pieds nus sur les tatamis. Si la salle de bain est si petite, c'est parce que les Japonais ne l'utilisent quasiment pas quand on est dans un établissement qui comporte une partie thermale. Et ici ce n'est pas un onsen mais trois qui sont accessibles ! J'y vais avant le souper car il me semble que sinon le repas va me peser sur l'estomac dans l'eau chaude. Et plutôt le soir car ça détend si bien que c'est un peu contre-productif le matin. J’opte pour celui du 7e et dernier étage avec vue sur la montagne depuis le bain - même si je ne vois pas grand-chose sans lunettes, la montagne je l'ai quand même bien distinguée - et, ume sur le gateau, il y a une partie extérieure. Et franchement, avoir le corps dans un bain bien chaud avec la tête au grand air et les pensées qui vagabondent dans la nature environnante, c'est terriblement ressourçant.

Après quoi j'ai quand même un petit creux et je rejoins le groupe pour finir la journée en beauté avec un verre de vin blanc local et un buffet varié en agréable compagnie. La nuit sera au final très bonne, le plus dur étant de se lever au petit matin...

Buffet froid

Buffet  chaud

N.B. : pour ceux qui ne verraient pas à quoi ressemble une expérience en bain public au Japon, je rappelle que j'avais écrit en 2011 un Testé pour vous : le onsen - reportage exclusif avec photos à l'appui et que mes archives des voyages précédents sont disponibles à la consultation sur ce blog.

HOKKAIDO : UNE CRIMINOLOGUE (EN VISITE) EN PRISON AU JAPON

Visite originale que la criminologue que je suis avait bien repéré dans le programme : celle du pénitencier d’Abashiri, équivalent d’Alcatraz au Japon, construit à la fin du 19e siècle "pour enfermer les dangereux criminels calmés par les températures de -20°C en hiver". 

Abashiri Prison Museum : un lieu très instructif

Ce pénitencier datant de 1890 n'est plus en activité aujourd'hui (mais il y a toujours bien une prison - plus moderne - à Abashiri, sur la rive gauche) ; il a été transformé en musée pas comme les autres où l'on peut découvrir la vie des détenus et gardiens dans ce véritable village carcéral composé d'une vingtaine de bâtiments, dont un musée de la pénologie. 

Sur la carte du site, on repère aisément la structure radiale de la prison parmi ces bâtiments vu qu'elle est construite sur le principe du modèle Ducpétiaux (un Belge !), c'est-à-dire en étoile et qui permet la surveillance des couloirs de cellules en un point unique central, comme dans les prisons de Leuven (Hulp) ou Saint-Gilles.

Le plan du village pénitentiaire

Une des portes pour les détenus qui partaient travailler
aux champs et la guérite du gardien

Travail de détenu sous surveillance

Entrée du Musée de la pénologie qui raconte notamment
l'histoire des conditions de détention au Japon

Dans la lignée de cette théorie de la détention qui prônait le principe d'un isolement total du détenu, les parois des cellules sont construites de manière à ce que l'orientation des lamelles de bois permette aux gardiens de surveiller les prisonniers mais ces derniers ne se voyaient pas entre eux pour limiter les contacts.



Les prisonniers ont été amenés sur cette île pour travailler dans l'agriculture notamment et ont joué un rôle important dans le développement de son économie. Ils ont aussi été mobilisés pour construire des routes ici. Mais peu sont restés sur Hokkaido à leur libération.

Exemple de travaux des champs pour les prisonniers

Deux des branches de la structure en étoile de la prison

Et partout des panneaux explicatifs en 4 langues

Exemple de cellule

Partout des panneaux didactiques. Et, comme vous avez pu le voir sur ma première photo, des cachets dans 10 des 25 bâtiments. C'est en fait une habitude au Japon d'avoir un tampon représentatif du lieu, que ce soit dans les musées, les gares, etc. Et ce n'est pas que pour les enfants et/ou les touristes étrangers, j'ai croisé des motards japonais qui les récoltaient aussi ! Ici il y en avait carrément 10 à trouver disséminés sur le site et Emiko notre bonne fée m'avait carrément préparé un plan spécial avec des indications de localisation : quel service de luxe. Grâce à elle, je les ai tous.

Pour terminer, je préciserai à ceux qui auraient l'intention de visiter cette prison musée qu'il y a carrément moyen de manger au restaurant le menu que prenaient les prisonniers durant leur incarcération. Quand je vous disais que c'était un lieu instructif...

HOKKAIDO : MUSEE DES PEUPLES DU NORD ET MUSEE DE LA MER D'OKHOTSK

On n'avait pas encore trop parlé musées lors du voyage de cette année mais en voici deux qui permettent de mieux comprendre Hokkaido. En route donc pour la ville d'Abashiri où se trouve l’excellent Musée des Peuples du Nord (北海道立北方民族博物館 / Hokkaido Museum of Northern Peoples) aux très belles collections ethnographiques en rapport avec les ethnies du Grand Nord.

Ainsi on y parle de l'histoire des populations qui se sont installées autour du Pôle Nord tels les Ainous, les Inuits, les Samis, les Amérindiens, les habitants des îles Sakhaline et Kouriles, de la Sibérie, etc. Et s'ils font aujourd'hui partie de territoires géopolitiques aussi variés que l’Islande, la Finlande, la Russie (Sibérie, péninsule du Kamtchaka, îles citées ci-dessus...), le Japon, le Groenland (Danemark), le Canada ou l’Alaska (USA), ces peuples du Nord partagent un vécu quotidien assez semblable (pas du tout la langue, par contre) dans leurs modes de vie autour de la calotte glaciaire.

Bibifoc et moi - c'est dans le musée suivant
mais je dois afficher la photo en premier lieu dans l'article
pour qu'elle en soit la photo principale associée

L'architecture du Musée des Peuples du Nord

Les habits : du quotidien et d'apparat

Histoire des déplacements de ces populations

D’un point de vue climatique, ces populations ont besoin de capacités d’adaptation différentes en fonction de leur situation géographique (à noter que ceux qui ont eu des "problèmes" avec les colons sont surtout les Amérindiens parce que ceux qui étaient plus au Nord occupaient des terres plus froides qui intéressaient moins les Européens). On voit ça aux vêtements et aux outils (pêche, cueillette, etc.) mais ce musée aborde aussi d'autres sujets comme l’habitat, les échanges commerciaux, les religions, les rites initiatiques avec leurs masques (qui m'ont évidemment fait penser au Musée international du Carnaval et du Masque à Binche, dans ma région d'origine) et chamaniques, les instruments de musique, etc.

Echanges (commerciaux) 

L'impressionnant totem dominant la salle Spiritual World

Instruments de musique (clin d'oeil à Ari)

Masques pour rituels

Tenue de chaman

L'habitat nordique expliqué

Un musée ethnographique très abouti et intéressant ! Non loin de là, nous faisons un arrêt au Musée de la Mer d’Okhotsk (オホーツク流氷館 / Okhotsk Ryu-hyo Museum) et son observatoire panoramique. On commence par s'équiper d'une laine polaire pour pénétrer dans une salle maintenue à une température entre -20°C et -15°C où l'on remue une serviette mouillée pour comprendre le mécanisme de formation des blocs de glace flottant en hiver (donc malgré le mouvement). C’est dans cette pièce que j’ai immortalisé le selfie avec le phoque (si vous vous demandez pourquoi la photo apparaît plusieurs fois dans l’article, c’est simplement parce que si je veux que ça devienne la photo principale associée à l’article, ça doit être la première postée dans le texte).

Musée de la Mer d’Okhotsk
La pièce maintenue à entre -20°C et -15°C 

J'adore cette photo ! :-)

Puis on assiste à la projection d'un film sur l'évolution de la nature locale au fil des saisons qui peuvent être bien froides. A noter que l'eau de mer gèle aussi car l’eau est salée en profondeur mais peu en surface à cause de l’eau douce qui se déverse depuis le fleuve russe Amour. On trouve aussi dans ce petit musée des aquariums qui présentent la faune polaire et notamment la clione, un mollusque de 2 cm qu’on appelle aussi "l’ange de la mer" parce que, quand il circule, il fait bouger deux espèce de petites branchies évoquant les ailes d’un ange. Mais en fait ce mollusque translucide (dont on voit donc par transparence le système digestif orange) est aussi capable d’ouvrir ses deux petits bras et sa tête pour sortir six ventouses afin de capturer sa proie ! C'est la mascotte du coin mais moi je la trouve plutôt effrayante ! En cas de disette, elle peut ne pas manger durant un an et rétrécit alors de moitié.

La clione, ange de la mer plutôt effrayant
(merci Jean-Luc pour la photo)

Vue panoramique vers la mer

Vue panoramique vers l'intérieur des terres avec les lacs

Après être montés jusqu'à l'observatoire sur le toit pour quelques photos panoramiques, nous transitons par le Café de Clione pour tester la spécialité locale : glace molle au caramel avec sel de la Mer d'Okhotsk (les grains bleus) : qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour la science !


On est juste avant le lunch mais tout le monde s'en fout : quand il s'agit de tester les glaces du coin, le groupe est assez raccord sur le comportement à adopter. Enfin, en parlant de lunch, le voici immortalisé :