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mercredi 16 avril 2025

KAKUNODATE, SES MAISONS DE SAMOURAIS, SES CERISIERS ET ADAMO

Départ à 8h30 : nous quittons Iwate. Emiko nous apprend que, dans le nom du logement "Shizukuishi Prince Hotel", il y a "shizu" = rain drop, goutte d'eau. Avec un peu de chance, on va s'éloigner de la pluie...

Les détails intéressants se trouvent partout, 
de l'architecture au jardin

On voit bien qu'il reste de la neige dans la montagne

Cliché pris au vol sur la route

J’avais déjà visité des habitations de samouraïs à Kanazawa et de commerçants à Takayama mais c'est toujours une expérience incroyable de pouvoir ainsi remonter le temps et pénétrer des maisons anciennes conservées pour des raisons historiques.

La petite ville médiévale de Kakunodate (角館町 ; moins de 15.000 habitants) dans la préfecture d'Akita est célèbre pour son ancien quartier de samouraïs qui préserve encore une dizaine de maisons intactes (il y en avait environ 200) et ses floraisons de cerisiers pleureurs dont les pousses seraient originaires de Kyoto. Pour les extraordinaires paysages parsemés de fleurs, on repassera vu que la fraîcheur du printemps a retardé le calendrier, mais pour les maisons qui ont marqué l'Histoire, c'est le bon jour. On visitera les deux plus intéressantes selon Marco Polo.

On commence par la maison Ishiguroke où vivent encore les derniers descendants de la famille qui nous guident ainsi au travers des pièces en attirant notre attention sur des détails de la construction et des anecdotes familiales. 

Emiko qui me cherche pour m'indiquer où se trouve le tampon souvenir

Au plus l'invité était prestigieux, au plus il avait le droit
de prendre place sur le tatami le plus proche de l'alcôve (tokonoma)

La famille nous explique que la tortue est symbole 
de "longevity, happily and lucky" 🐢

J'adore le jeu de lumière qui reproduit les tortues sur les murs



Vue sur le jardin

Archives familiales

Des planches anatomiques...

... et des livres de comptes

C'est qu'on se trompe souvent dans l'image qu'on a du samouraï. Certes c'est un soldat à la solde d’un seigneur. Mais il ne fait pas que se battre, il a plusieurs fonctions. Celui-ci était aussi comptable de la ville et médecin... ma théorie personnelle étant qu'ils étudiaient l'anatomie pour mieux viser avec leur sabre.

Notre deuxième visite du jour à Kakunodate est pour Aoyagike, la plus grande des maisons de samouraïs conservées ici, composée de plusieurs pavillons, chacun centré sur une thématique et permettant de se replonger dans la vie quotidienne de l'époque. Et on s'attarde toujours bien sûr sur la porte, symbole de prestige social dans le Japon féodal. 

Un mode de transport original pour parcourir la ville


Après la majesté de la porte d’entrée, signe extérieur
de richesse, 
le toit de chaume

Des oiseaux pour une fidèle lectrice qui se reconnaîtra





Quand on est des spécialistes des jardins comme Guy et Francis, 
on ne se refait pas : on analyse aussi les plantes environnantes



Cet endroit se veut aussi pédagogique puisqu'on est invités à toucher, tester ou soulever certaines choses comme un katana (sabre japonais). La maison est par ailleurs liée à un personnage hors du commun : Odano Naotake. Né à Kakunodate et parent éloigné du clan Aoyagi, il est devenu célèbre pour ses illustrations du corps humain dans Kaitai Shinsho, la première traduction d'un livre d'anatomie néerlandais publié au Japon en 1774. C'était donc un samouraï mais aussi un artiste hors pair. Il fut le premier au Japon à utiliser les techniques de peinture occidentales du réalisme et de la perspective, apprises de Hiraga Gennai. Avec cette publication, il connut la renommée et plusieurs seigneurs féodaux férus d'art firent appel à lui pour des leçons. Il fut à l'origine du mouvement du 18e siècle appelé Akita ranga, une école influencée par la peinture à l'huile hollandaise.



Toeizan Shinobazuike, Odano Naotake (1770), Akita Museum of Modern Art :
avant plan plus oriental et arrière plan plus influencé par l’Europe



Désolée pour les reflets sur les clichés qui suivent mais c'était juste pour illustrer une réflexion que je m'étais faite durant cette visite : on a souvent tendance à se représenter les samouraïs comme des personnages d'un temps ancien mais ils ne remontent pas à si longtemps puisque certains ont connu la photographie et ont été immortalisés seuls, avec leur clan, en famille ou encore lors de voyages diplomatiques. Parmi leurs nombreux métiers, les samouraïs étaient en effet des émissaires de leur seigneur et pouvaient dans ce cadre être envoyés à l'étranger à des fins diplomatiques. L'exposition de photos dit (merci la traduction avec le téléphone) que certains possédaient de nombreuses connaissances acquises grâce à leurs interactions avec les personnes âgées japonaises mais aussi avec les nations occidentales. Il y en a même qui parlaient couramment l'anglais et le français. Spéciale dédicace à Sébastien Polet pour les images de la mission en Egypte.



J'espère que vous arrivez à lire les textes

Au grenier, une autre expo que l'on n'attendait pas : "Les disques, hier et aujourd'hui". Au fil des évolutions de la diffusion musicale, de la naissance du phonographe d'Edison au CD en passant par le gramophone, les objets exposés parcourent les décennies jusqu'à l'introduction du disque horizontal. Et parmi les disques vinyles exposés, est-on vraiment étonnés d'en découvrir un d'Adamo (dédicacé, quand même !) ? Pas vraiment quand on s'intéresse comme mon paternel (à qui je fais un clin d'oeil) et moi à la chanson française et qu'on connaît le succès que notre compatriote a connu au Japon. La guitare en pangolin, elle, me laisse plus sans voix !





PS 1 : Si vous cherchez la sortie, souvenez-vous du moyen mnémotechnique que j'avais inventé lors de mon premier voyage au Japon, bien avant de faire de la calligraphie japonaise : cherchez "cactus carré" ! ;-)



PS 2 : Précédemment on construisait des châteaux dans des endroits dits imprenables dans la montagne mais c’était compliqué économiquement pour la ville qui gravitait autour. Après on s’est rendu compte qu’il valait mieux édifier un château bien situé pour les commerçants et l'entourer de plusieurs quartiers qui feraient tampon et protégeraient le seigneur local. Après le district des samouraïs, nous faisons donc un petit tour dans le district des commerçants car, devinez quoi : il pleut toujours ! La ville de Kakunodate est par exemple reconnue pour son très bel artisanat en écorce de cerisier

Après un délicieux repas centré sur le poisson, nous visitons donc une de ces boutiques spécialisées, ainsi qu'une pâtisserie originale et un commerce très ancien (du milieu du 19e siècle) où certains font des réserves de sauce soja, miso (blanc) et autres condiments indispensables à la cuisine japonaise.


Enfin, nous reprenons le car pour 3h de route en direction de la côte pacifique où se niche notre hôtel de ce soir avec un onsen et des chambres traditionnelles (on va dormir sur futon donc)... et, qui sait, où se cache aussi peut-être le soleil. A suivre...

dimanche 13 avril 2025

AU COEUR DU FESTIVAL DES CERISIERS EN FLEURS DU TOHOKU

Le hanami (花見 = littéralement "regarder les fleurs") est la coutume traditionnelle japonaise de célébrer la beauté éphémère des fleurs, principalement les fleurs de cerisier (sakura). C'est vraiment une activité très prisée des Japonais qui s'installent en famille ou entre amis sur des bâches au pied des arbres pour passer du bon temps et apprécier le retour du printemps. C'est peut-être d'ailleurs pour ce dernier aspect que ça m'a rappelé les traditions carnavalesques chez nous en Belgique. Surtout qu'à certains endroits sont organisés de véritables festivals avec de la musique, des stands de boissons et nourriture, et avec des illuminations ajoutées spécifiquement sur les cerisiers dès que la nuit tombe.


Les calendriers de floraisons sont scrupuleusement analysés en fonction de la météo et les perturbations climatiques récentes n'aident pas les prévisions. Il existe même une application pour téléphone (Navi Sakura) qui est mise à jour quotidiennement pour que chacun puisse connaître l'actualité du front de floraison des cerisiers de ville en ville.


Et aujourd'hui, nous aussi on participe aux festivités locales. A peine arrivés à Sendai, on embarque dans un car qui se lance sur la Tohoku Expressway en direction de l'Ogawara Sakura Festival. En fait, les cerisiers en fleurs sont le symbole de deux villes contiguës (Ogawara et Shibata) reliées par une large ligne d'environ 1.200 cerisiers le long de la rivière Shiroishi dominée par le Mont Zao. A l'heure où ils fleurissent se tient un festival très couru (au point que les cours d'école doivent servir de parking le week-end) : Hitome Senbon Sakura 🌸

Notre aventure commence par ce qui ressemble à un trafic illicite sur une aire déserte... mais c'est en fait Emiko qui récupère le bento (lunch box) et le thé que l'on reçoit pour participer pleinement au pique-nique sous les cerisiers. Il y avait un plan de repli (pas idiot quand on voit la couleur du ciel) dans un restaurant mais la météo ne viendra finalement pas gâcher la fête.

Opération bento : transfert des lunch box vers la soute de notre car

Comme dans chaque ville et évènement japonais,
des mascottes guident les visiteurs

Le car se trouve une place près de la gare
d'où arrivent plein de festivaliers en "Sakura train"

Des cerisiers en fleurs jusque sur les plaques d'égoût

Vite une photo avec le bento...

... puis on se pose...

... et on déguste !

Une fois rassasiés, on se balade pour prendre des clichés et pour s'imprégner de l'ambiance. Il est à noter que le cerisier en fleurs en ce moment est celui à 5 pétales (Somei yoshino sakura), une variété qui varie du blanc au rose.






Je n'aime pas trop la foule mais je me rapproche ensuite des endroits qui fourmillent plus de monde car je suis curieuse de voir ce que vendent les stands et d'observer les Japonais profiter du moment.





Au bout d'un moment, le bain de foule a assez duré. On reprend la route vers Sendai pour la visite suivante qui s'avèrera bien plus calme et ensoleillée. A suivre... (lire Le Rinnoji : un havre de paix lié aux samouraïs de Sendai)

En fin de journée, après avoir pris possession de nos chambres à Sendai, nous ressortons de l’hôtel vers 18h00 afin de prendre une marche d'une vingtaine de minutes qui doit nous conduire au soleil couchant au Tsutsujigaoka Park. Là d'autres festivités attendent les Japonais au milieu des cerisiers en fleurs, cette fois mis en beauté par des illuminations ciblées et des lanternes.