jeudi 8 mai 2014

SHIKOKU : TEMPLE N° 71, OSETTAI ET SANUKI UDON

Le début de l'épisode 4 de la randonnée à Shikoku rappelle un peu celui de l'épisode 1 : un mini train nous emmène de la ville principale de la préfecture à une petite gare paumée dans la nature. C'est ce que je vous avais raconté dans l'article Shikoku : Temple n° 1 et équipement du Henro que je vous invite à (re)lire si vous vous posez des questions sur ma tenue de marche.

De bon matin, nous quittons donc Takamatsu, capitale de la Préfecture de Kagawa, pour Kaiganji.






Mais si nous débutons notre marche au départ de cette gare perdue de Kaiganji, non loin de la mer, ce n'est pas innocent : c'est là que la maman de Kukai - personnage illustre dont je vous ai déjà parlé à maintes reprises vu que c'est la figure emblématique du pèlerinage des 88 temples - aurait construit une maison et donné naissance à son fils. D'ailleurs, au moment où Frédéric va chercher sa calligraphie au Temple Kaigan-ji (dans un cahier à part car ce n'est pas un temple officiel de la série des 88 mais le temple n° 18 du pèlerinage secondaire), le vieux monsieur qui nous raconte l'histoire dans un mélange de japonais et d'anglais insiste bien sur le fait que c'est ici le lieu de naissance de Kukai ! (On verra plus tard dans la journée qu'un autre temple le revendique aussi)



Pagode de l'okuno-in (temple retiré, souvent plus haut dans la montagne)

Calligraphie du Temple Kaigan-ji
Après cet échauffement, les choses sérieuses commencent. Nous traversons d'abord un village où nous ne manquons pas de remarquer les vignes. Le soleil tape sur le bitume et la température monte. Puis nous nous lançons dans l'ascension d'une petite montagne, dans une premier temps pour contourner un barrage, ensuite pour poursuivre vers notre premier objectif du jour : le Temple n° 71 (Iyadani-ji).

Et très vite ça grimpe assez raide au sein de la forêt dans le lit d'une rivière asséchée. Comme d'habitude, je peine un peu dans la montée et le terrain n'aide pas mais les paysages le valent bien.

Vignes

Chien japonais pas content d'être dérangé par des marcheurs de passage

Ca commence à monter le long du barrage
Le chemin : pentu et rocheux, dans le lit d'une rivière asséchée
Le sourire est un peu crispé : l'ascension ne fut pas aisée
Et soudain, nous atteignons le sommet (à environ 300 m d'altitude) et ça redescend un peu. Dans le feuillage apparaissent progressivement les toits des différents bâtiments de ce temple dédié aux soins et à la médecine. Je dois avoir une bonne tête (ou on voit que j'ai souffert dans la montée) car, à peine arrivée, je reçois deux osettai - coutume de l'île qui consiste à encourager les marcheurs par une offrande (boisson, nourriture ou objet) - de la part d'un autre Henro : un porte-clés porte-bonheur en forme d'edamame (pois dans leur cosse) et des pansements chauffants pour les douleurs localisées.




Premiers osettai du jour
Calligraphie du Temple n° 71 : Iyadani-ji
Une fois la calligraphie récoltée, il nous faut trouver à manger car nous sommes en montagne et seul le coin du temple peut nous fournir un repas. Ce sera à la petite cabane en contre-bas où on sert une autre spécialité locale : les Sanuki udon (les udon étant de grosses nouilles de blé tendre que l'on consomme dans un bouillon accompagné parfois de beignets de légumes ou bien de crevettes et Sanuki étant l'ancien nom de la préfecture de Kagawa).

Et là, moment assez hallucinant : alors que nous mangeons dehors devant la cabane, le propriétaire discute en japonais avec Pierre-Alain et, lorsqu'il apprend que je viens de Belgique, il répond qu'il connaît Herman Van Rompuy ! Bien qu'il soit Président du Conseil européen, ce n'est pas vraiment le premier Belge que je m'attends à ce qu'on me cite au fin fond de la campagne japonaise ! Mais notre hôte est un spécialiste du Haiku (forme de poème japonais) et il est vrai que H. Van Rompuy en a déjà publié plusieurs ouvrages. Mais alors là, je suis bluffée... Surtout que le Japonais prononce mieux ce nom flamand que nos amis français. ;o)

Le repas simple mais sympathique se termine par une autre tournée d'osettai (c'est un jour faste !) : nous recevons un dessert (mochi), des bonbons pour la route et une pièce porte-bonheur de 10 yens que nous ne devons pas dépenser. Quelle drôle de rencontre dans les bois ! L'aventure 2014 commence bien.

Notez le t-shirt "I love Shikoku" que j'avais réalisé pour la Japan Expo :o)
Sanuki udon (et sur mon sac, le premier osettai du jour : porte-clés edamame)
Une sympathique et inattendue rencontre

mercredi 7 mai 2014

SHIKOKU : TAKAMATSU ET LE PARC RITSURIN

Voici venu le moment d'entamer l'épisode 4 de notre randonnée sur Shikoku et donc de découvrir la 4e préfecture de l'île. En effet, pour rappel, Shikoku signifie 4 (shi) pays (koku) car l'île est divisée en 4 régions sur lesquelles sont répartis les 88 temples du pèlerinage :

1 - Préfecture de Tokushima (anciennement Province de Awa, du n° 1 au n° 23 + 66) : octobre 2012
2 - Kochi (anciennement Province de Tosa, du n° 24 au n° 39) : mai 2013
3 - Ehime (anciennement Province de Iyo, du n° 40 au n° 65) : octobre 2013
4 - Kagawa (anciennement Province de Sanuki, du n° 67 au n° 88) : maintenant ! (mai 2014)





Takamatsu, capitale de la préfecture de Kagawa où nous arrivons, a entièrement été détruite durant la 2e Guerre mondiale mais s'est progressivement relevée de ses cendres. Et si le nord-est de l'île (Tokushima et Kagawa) reste le centre industriel de Shikoku, il n'en demeure pas moins une région agricole (riz, blé, tabac, patates douces et nombreux fruits).

A noter qu'on trouve à proximité de Takamatsu un endroit passionnant où je rêve d'aller un jour : Naoshima, une île entièrement dédiée à l'art moderne.

Mais pour aujourd'hui, c'est plutôt vers la nature que nos regards vont se tourner vu que nous empruntons un mini train local (un wagon !) afin de nous rendre au parc Ritsurin, conçu à la fin du XVIe siècle.


Le chauffeur du mini train est en plein apprentissage avec ses 2 profs
Parmi les parcs possédant le label national "Paysage exceptionnel", Ritsurin est le plus étendu : 75 ha, 6 étangs, plus de 1000 arbres. Il est dit qu'il faut un jour entier pour admirer tous ses recoins ! Nous nous baladons une partie de l'après-midi dans ce parc dont je vous laisse apprécier la beauté au travers de ces quelques clichés : 








A l'origine, l'eau était montée par des serviteurs afin d'alimenter cette cascade pour le seigneur des lieux !






Nous nous installons ensuite dans notre hôtel de Takamatsu avant de ressortir à la découverte des spécialités locales. En effet, chacune des 4 préfectures de Shikoku a sa spécialité culinaire : sudachi (agrume très parfumé utilisé en cuisine) à Tokushima, katsuo no shio tataki à Kochi (j'adooore ce poisson !), jakoten (pâté de poisson) et mandarine mikan à Ehime, et enfin sanuki udon (grosses nouilles de blé tendre) et poulet grillé à Kagawa. C'est ce dernier que nous allons goûter ce soir. Miam !


KURASHIKI : BRUGES A L'OUEST DU JAPON

Kurashiki est une ville tellement grande que nous devons prendre deux trains pour passer du district de Kojima (où se situe le ryokan Bizen-ya) à celui de Kurashiki pour rejoindre la vieille ville. Nous laissons au passage nos gros sacs dans les casiers de la gare d'Okayama, ville déjà parcourue en 2013 (voir : Okayama : visite express sur le chemin de Shikoku et clin d'oeil à Keitaro pour les casiers), afin de visiter léger.



Cette ville du jeans propose même des kimonos dans cette matière textile !
La balade le long du canal est bien agréable et n'est pas sans rappeler la cité de Bruges en Belgique. Après la présentation de Kenji, nous flânons au gré du vent et des boutiques de la vieille ville (Bikan). Et évidemment nous craquons pour une glace à la pêche blanche, spécialité locale.






Il faut bien ça pour réconforter nos petits coeurs au moment de la dislocation du groupe. En effet, si la majeure partie continue son voyage "Japon des Emotions" vers Kyoto (où il sera guidé par Tadashi), Kenji rentre à Tokyo accueillir les voyageurs suivants et trois courageux - dont moi - retrouvent Pierre-Alain (qui dirige Autrement le Japon) afin de poursuivre la randonnée sur l'île de Shikoku que j'aime tant.