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lundi 14 avril 2025

UNE JOURNEE DANS LA BAIE DE MATSUSHIMA

C’est dimanche alors grand luxe : départ à 8h30. Comme chaque matin depuis que nous sommes dans le Tohoku, Francis nous parle du poète Matsuo Basho (1644-1694) - qui a lui-même parcouru la région quelques siècles avant nous - et nous lit des extraits de ses écrits. A chaque fois concernant la ville qu'on va visiter dans la foulée. J'apprécie cette originale préface aux visites, mêlant anecdotes et littérature.

La Sente étroite du Bout-du-Monde est une œuvre majeure de Basho. Elle se présente sous la forme d’un carnet de voyage composé aussi bien de haïkus (qui ne portaient à l'époque pas encore ce nom) que de prose, et raconte son périple de six mois dans le Tohoku. 

Sur Matsushima (松島 = littéralement l'île aux pins), il écrit : "Ces îles sont-elles nées d’un caprice du dieu des Montagnes au temps du Chaos primordial ? Une chose est certaine : ni le pinceau du peintre ni celui du poète ne peuvent rendre justice à cette merveille de la Création." Avec la grisaille ambiante et la pluie qui menace, il va nous être difficile de corroborer ses dires. Mais vu que ce moutonnement de petites îles couvertes de pins a été désigné l'un des trois plus beaux paysages du Japon, aux côtés d'Amanohashidate (du côté de Kyoto) et Itsukushima (du côté d'Hiroshima), on va lui faire confiance. Si ça vous intéresse, sur l'île de Miyajima située juste en face d'Hiroshima, vous pouvez lire mon article de 2014 intitulé Miyajima : ses daims, son torii, ses huîtres.


On aborde la baie de Matsushima par un arrêt au parc Saigyo Modoshi no Matsu qui offre un très bon point d’observation, sublimé ici par les cerisiers en fleurs. L'occasion d'une photo de groupe.





On se rapproche ensuite du bord de l'eau et on emprunte un petit pont rouge pour aller voir le temple Godaido, l'un des symboles de la ville (que l'on retrouve d'ailleurs sur le tampon du Centre d'information touristique), ainsi que le pavillon de thé Kanrantei aménagé au 16e siècle et "d’où l’on voit les ondulations de l’eau". 





Bon là ce que l'on voit surtout c'est que, si on ne presse pas le pas, on va louper notre balade en bateau dans la baie au milieu de toutes ces petites îles couvertes de pins. 

A leur sujet, il faut que je vous raconte une chose incroyable que Francis nous a expliquée ce matin : si la ville de Matsushima a été relativement épargnée par le tsunami de 2011, c'est que les nombreux îlots disséminés dans la baie (voir la carte infra) ont joué un rôle de brise-lames et cassé la puissance de la vague qui déferlait. Fascinante nature !







C'est bien connu, l'air du large ça creuse et arrive alors à point le délicieux dîner composé notamment d'un Yosenabe (Japanese Hot Pot), un bouillon où l'on fait cuire ses ingrédients. 


Mon choix de glace : un half / half avec le sésame noir (qui se fait rare)
se mariant bien avec l'acidité de la framboise

La vue depuis le lieu du repas (ça se couvre encore plus !)

Il pleut davantage lorsque nous sortons du restaurant et c'est en mode imperméables et parapluies que nous abordons la visite du temple Entsuin, un autre des trésors du clan des Date (sur ce clan, voir mon article précédent). Le site est constitué du Sankeiden (mausolée de Date Mitsumune qui montre des traces de contacts existants avec l'Europe dans ses peintures de fleurs ou encore de symboles venus de nos cartes à jouer) datant de 1646 et surtout d'un jardin zen qui figure entre autres la baie en réduction. Outre le rock garden, on y trouve un jardin de roses (mais ce n'est pas la saison) et d'autres beaux petits coins à découvrir sur mes clichés ci-dessous.





Le beau tronc est celui d'un Lagerstroemia indica, 
communément appelé Lilas d'Inde

Et les fleurs blanches, c'est du Lysichiton

Direction enfin le temple Zuiganji dont certaines parties sont considérées comme trésor national et qui possède de très belles peintures sur fusuma (écran opaque coulissant, utilisé pour définir les espaces ou servir de porte dans l'habitat traditionnel japonais). Comme souvent, pas de photos à l'intérieur des temples. Mais voici des clichés de l'extérieur et notamment des deux vieux prunus, l'un blanc et l'autre rose, qui auraient été plantés au 17e siècle.






Pour terminer cette visite de Matsushima, je vous invite à consulter cette page ou cette autre page pour découvrir des estampes de la baie réalisées au fil des siècles mais aussi pour lire l'anecdote qui voudrait que Basho (mais ce n'est pas prouvé), resté sans voix devant la beauté des lieux, aurait écrit ce haiku qui fait beaucoup rire les locaux quand ils nous entendent le réciter :
Matsushima ya
aa Matsushima ya
Matsushima ya

jeudi 3 octobre 2013

SHIKOKU : AU TEMPLE N° 53, COMME LES BOUDDHISTES... ET LES CHRETIENS

Il y a moins de 3 km à parcourir entre les temples 52 et 53, principalement sur le bitume, mais c'est pour moi l'occasion de vous montrer quelques éléments d'architecture locale ainsi que les petits champs de riz situés entre les habitations.
 






 
Nous voici donc rendus au Temple n° 53 (Enmyo-ji) où nous trouvons cette fois aisément le chemin vers le bureau de calligraphies. Admirez la finesse de la réalisation et la concentration du vieux monsieur maniant le pinceau.
 




 
Nous avions déjà croisé sur la route des affiches avec des proverbes tels ceux photographiés ci-dessus et j'aime particulièrement le texte du premier : "Say a serious matter simply ; say a simple matter seriously. If you don't have anything to say, don't say anything." A méditer... ;o)
 
Rien de très spécial à mentionner à propos de ce temple de taille très modeste si ce n'est un curieux fait : à une certaine époque, il semble qu'il était visité aussi bien par des Bouddhistes que... par des Chrétiens. En effet, dans le courant du 17e siècle, il était interdit d'être chrétien au Japon et les personnes de cette religion gardaient donc le secret de leurs croyances. On les appelle les "Chrétiens cachés" ("Hidden Christians" en anglais, "kakure kirishitan" en japonais). Ils utilisaient différents subterfuges pour déguiser leur foi, comme graver une stèle à l'image de la vierge ("hidden madonna") et faire croire aux autres que c'était la déesse Kannon. On en trouve un exemple dans un coin de ce temple sur une lanterne cachée dans un petit jardin. Il ne reste que le piédestal sur lequel on posait la lanterne mais on devine encore la silhouette féminine. On l'a bien cherchée mais on l'a trouvée et ce mini jeu de pistes fut plutôt drôle.
 

 
Et c'est ainsi que s'achève cette première demi-journée de marche plutôt "light" (7 km environ) qui a constitué une bonne mise en route pour la montagne à suivre. Demain, en effet, ça va grimper !

vendredi 24 mai 2013

SHIGA : OMIHACHIMAN ET LAC BIWA

Ce matin, nous avons rendez-vous tôt à la gare de Kyoto avec Tadashi car nous partons pour la préfecture voisine : Shiga. Première halte : Omihachiman. Classé au Japon parmi les "Cent sites à visiter dans sa vie", ce quartier constituait une ville attenante au château entre 1585 et 1595. Nous circulons dans les petites rues et arrivons aux douves, nommées Hachiman-bori. Tadashi nous apprend que ce coin a été utilisé à de nombreuses reprises pour le tournage de films historiques du fait de son aspect romanesque. C'est en effet un très bel endroit pour commencer la balade de ce vendredi matin.




L'une des spécialités historiques de ce quartier est la fabrication de tuiles et nous allons en apprendre davantage grâce à la visite du musée local dédié à ce sujet (Museum of Roof Tiles). Ces tuiles fabriquées à la main ont dès le début été adaptées au climat (températures, typhons, etc.) et au style de vie du Japon et leur forme n'a presque pas évolué durant des siècles. Le musée en explique la conception grâce à des vidéos, maquettes 3D, images, etc. mais présente aussi des pièces anciennes et/ou très originales. Une autre section bien intéressante également compare les tuiles produites ici avec celles d'autres régions du monde.




Omihachiman devint un gros centre de production artisanale de tuiles car on trouvait de l'argile de bonne qualité en abondance dans les environs mais aussi pour deux autres raisons. La première est que les habitants - notamment des commerçants - ont vite compris que les toits fabriqués de la sorte étaient bien plus solides et résistants au feu que ceux faits de chaume. Et si les tuiles servaient initialement surtout aux temples et sanctuaires, une demande en tuiles plus légères et aux prix plus abordables a progressivement été suivie par les artisans qui se sont mis à en produire pour les toits des bâtiments privés. L'autre raison qui a permis cet essor de Omihachiman comme centre incontesté de la production est le réseau de douves et canaux qui permettait de transporter aisément sur l'eau les lourdes cargaisons de tuiles et qui en a dès lors facilité la commercialisation. 




Après une agréable balade le long des douves, nous arrivons au pied du Mont Hachiman. Nous embarquons dans le petit téléphérique afin de nous rendre au sommet d'où nous aurons une vue panoramique sur la ville et l'immense lac Biwa.




Le lac Biwa (Biwako) constitue la plus grande étendue d'eau douce du Japon et occupe environ 1/6e de la superficie totale de la Préfecture de Shiga, autrefois appelée Omi. C'est donc le plus grand lac du Japon (670 km²) mais aussi l'un des plus anciens du monde. Un vieux proverbe dit "Ceux qui contrôlent Omi contrôlent le Japon", c'est dire si son importance stratégique était grande pour l'économie locale. On en parle d'ailleurs dans de nombreuses oeuvres de la littérature japonaise - en particulier les récits de batailles et la poésie - mais on retrouve également sa trace en peinture, notamment dans la série "The Eight Views of Omi" (voir : le site officiel de la Préfecture de Shiga).





La vue sur le lac et la région est imprenable et la nature est magnifique sous ce soleil de mai. Nous nous baladons encore un moment sur le Mont Hachiman afin d'atteindre un autre point de vue. Nous reprenons ensuite le téléphérique pour redescendre et continuer notre promenade en ville (lire : Shiga : Retour à l'Epoque Edo). Mais avant cela, une pause s'impose dans la célèbre pâtisserie du coin. C'est ce que je vous raconterai dans : Testé pour vous : une pâtisserie Club Harie.