lundi 17 juillet 2023

HOKKAIDO : LA FORET MUSEE DU WILLY WONKA JAPONAIS

J’ai intitulé cet article "la forêt musée" mais j'aurais dû le mettre au pluriel car je vais ici vous parler de deux lieux qui ont la particularité d’avoir un concept de base fort proche et d'appartenir au même propriétaire, à savoir le confiseur Rokkatei ayant son siège à Obihiro où nous logions ce week-end.

Le premier des deux lieux s'appelle Rokkatei Art Village et est constitué d’un ensemble parc et forêt dans lesquels sont disséminés des statues et plusieurs pavillons conçus dès le départ pour être des petits musées et galeries d'exposition.



Le site est magnifiquement aménagé

C’est vraiment très agréable de se balader au gré des sentiers qui serpentent sur le site et d'entrer ça et là dans un petit pavillon pour visiter une expo, puis reprendre le chemin jusqu’au suivant, etc. Les artistes exposés sont très différents, que ce soit au niveau de leur technique, de leur style ou des sujets traités. Pour vous donner une petite idée de l'endroit, outre mes photos, je pense que rien de tel que le plan des lieux. Vous verrez d'ailleurs dans mon carnet de bord que, pour ce premier site, il y avait une forme de petit jeu de pistes où il fallait récolter 3 tampons et, une fois qu’on avait le feuillet avec les 3 cachets, il fallait se rendre à un point précis pour avoir un petit cadeau (une pochette de biscuits, je pense). Mais carnet de voyage oblige, j’avais plus envie de l'y coller pour le garder en souvenir...

Le plan du Rokkatei Art Village





Francis nous l'avait décrit comme "un lieu de toute beauté proposant une immersion dans l’art japonais contemporain de la région au travers de sculptures en plein air et de petits musées à l’architecture étonnante que l’on découvre au cours d’une promenade dans la forêt" : cela correspond totalement. J'ai beaucoup aimé le moment passé là-bas. Ce qui m'a particulièrement marquée, c'est l'architecture des pavillons d'exposition systématiquement tournée vers l’extérieur : il y a même dans ces petits musées des sièges tournés face aux baies vitrées donnant sur la nature, une manière d’intégrer clairement celle-ci dans la palette des œuvres d’art et qui n'est pas sans m'évoquer le concept du paysage emprunté.

 


Rendez-vous ensuite à Rokka no Mori (la Forêt de six Fleurs) qui appartient à la même fabrique de bonbons. Pour ce deuxième lieu, nous sommes également dans un contexte de forêt avec des pavillons disséminés mais les petits bâtiments sont originaires de Croatie cette fois et ils accueillent tous des expos tournant autour de Sakamoto Chokko, l'artiste ayant peint les fleurs représentées sur les emballages des douceurs que vend la confiserie. 

Le plan de Rokka no Mori et quelques
exemples d'oeuvres qu'on trouve dans les pavillons 
(photos interdites à l'intérieur)

Ici aussi œuvres d’art en plein air comme le "Penseur"
de Masaru Bandu (inspiré de Rodin) au sommet d’une colline

Un site encore plus bucolique que l'autre,
avec une rivière en son coeur



Un petit canard au bord de l'eau...

... et des sculptures jusque dans la rivière

Et bien sûr, on ne peut pas terminer la visite de ces deux sites sans passer par la boutique du confiseur en question pour découvrir les reproductions des fleurs de l'artiste Sakamoto Chokko sur les emballages des produits. Bon j'avoue, on a aussi goûté les bonbons. Certains ont même mangé une glace mais pas moi (où va le monde !?) car le lunch / afternoon tea chez la grand-mère aux fleurs était bien copieux.


De sympathiques et ressourçantes visites en tout cas que ces deux moments ayant subtilement combiné promenade dans la nature d'Hokkaido et découverte d'oeuvres d'art.

TESTE POUR VOUS : REPAS TRADITIONNEL D'HOKKAIDO AUTOUR DU POISSON

Quand Emiko - qui prend soin de nous au quotidien pour les aspects pratiques du voyage - a fait le tour du groupe pour savoir si un repas autour des sashimis et des sushis posait un problème à quelqu'un, j'avais déjà l'eau à la bouche. Notre hôtel à Obihiro ne proposant pas de restaurant assez grand pour le groupe, nous avions déjà soupé dans un izakaya (lieu où l’on sert des boissons alcoolisées et des plats à partager style tapas occidental) samedi et le repas traditionnel d'Hokkaido était l'option proposée ce dimanche soir.

Cette mystérieuse boîte nous a intrigués dès notre arrivée au restaurant

J'ai déjà mangé pas mal de poissons au Japon (je me souviens d'ailleurs avoir été bluffée en observant Pierre-Alain nettoyer un poisson entier avec les baguettes lors d'un souper à Tokushima après une étape du pèlerinage sur l'île de Shikoku) et j'avais notamment pris part à un repas gastronomique autour du poisson lors de mon premier séjour à Kyoto mais, cette fois-là, c'était plus une succession de petits plats. 

L'entrée du restaurant à Obihiro

La mystérieuse boîte livre ses secrets répartis sur 2 étages

Après avoir commandé les boissons (un vin blanc local pour moi et franchement il était pas mal) et mangé ce qui nous avait été servi dès l'arrivée, à savoir le tofu avec un morceau de crabe dessus et l'assiette en forme de raie contenant le sashimi (poisson cru en tranche, sans riz), nous découvrons les trésors de la boîte en bois : des sushis (avec, contrairement à ce qui se fait dans les pays européens, le wasabi déjà inséré par le chef entre la boulette de riz et la tranche de poisson frais) et du gingembre mariné pour le tiroir de la boîte la plus proche de nous sur la photo. Dans l'autre tiroir, nous avons des coquillages, une rondelle de surimi, une crevette au four avec un mélange à base d'oeuf, une prune marinée traditionnelle japonaise (umeboshi) dans la gélatine et, dans le papier aluminium, une surprenante Saint-Jacques fourrée au fromage blanc. Dans l'assiette à droite, vous avez un "cul" d'aubergine farci aux crevettes et lanières de crabe.

Tu n'as pas fini les premières dégustations que la suite arrive

Plutôt qu'une succession de petits plats, les mets nous arrivent à plusieurs sur des assiettes avec "un petit peu de tout" comme on dit chez nous. Des pinces de crabe (pas super facile à manger avec des baguettes !), une Saint-Jacques préparée autrement, une grosse huître cuite avec une sauce style ketchup (franchement, il y avait tellement que j'ai dû faire des choix et j'ai fait l'impasse), des algues dans la petite coupe avec un peu de kiwi au sommet... En gros, tout tournait principalement autour de la pêche vu qu'Hokkaido est une île de taille raisonnable où la mer n'est jamais bien loin. Mais je dois dire que la viande en bas à droite de la photo était particulièrement bonne. Dans le bol avec couvercle, un flanc chaud avec des légumes et des pousses de bambou.

C'était copieux ! Nous avons passé un bon moment et j'ai très bien mangé. J'étais tellement contente de voir un peu de fraîcheur arriver avec le melon - une des spécialités locales - que j'en ai oublié de photographier ce dessert. Après le traditionnel thé de fin de repas, nous avons repris le car pour rentrer à l'hôtel mais nous aurions bien eu besoin d'une promenade digestive...

dimanche 16 juillet 2023

HOKKAIDO : NOTRE RENDEZ-VOUS MANQUE AVEC LA GRAND-MERE AUX FLEURS

Dans le programme initial de notre voyage, nous aurions dû ce matin rencontrer une vieille dame devenue la coqueluche d'Hokkaido en se créant un personnage loufoque de grand-mère qui sortait "habillée de fleurs" chaque jour au milieu du jardin qu'elle a réalisé à plus de 60 ans pour sortir de la torpeur au décès de son mari : Shichiku Garden [紫竹ガーデン].

Akiyo Shichiku (1927-2021)

Malheureusement, le covid a retardé notre voyage à Hokkaido de plusieurs années et madame Akiyo Shichiku est entretemps décédée en 2021 à l'âge de 94 ans. Quand Francis nous a appris ce décès lors de notre réunion préparatoire en juin avec les autres participants, j'en avais déduit que cette visite disparaissait dès lors du parcours. Que nenni ! L'affaire familiale se perpétue et c'est le petit-fils (le fils de la fille ainée) de la vénérable dame aux fleurs qui nous accueille.




Il nous raconte (par l'intermédiaire de la traduction de notre fée locale Emiko) que sa grand-mère avait, étant enfant, pour ambition de fleurir tout Hokkaido. Avec l'âge, elle s'est quand même rendu compte que ça allait être compliqué donc elle a décidé de consacrer le reste de sa vie à remplir de fleurs les 5 hectares de son jardin. Est-ce que c'est réussi ? "oui et non, oui et non", comme dirait l'autre.

C'est personnel évidemment comme ressenti. Moi j'ai trouvé ça un peu chargé par endroits et pas toujours très réfléchi. Avec des couleurs, des types de plante, des textures et des hauteurs de tiges qui ne vont pas toujours fort ensemble. Ça crée une ambiance assez kitsch qui a été poussée à l'extrême en ajoutant un espace intérieur pour afternoon tea lui aussi rempli de fleurs, du décor au service à thé en passant par les chapeaux mis à disposition pour prendre la pose. Comme disait quelqu'un du groupe, on s'attend à voir une old lady anglaise telle Miss Marple débarquer à chaque instant.

C'est assez surréaliste comme repas au Japon 
mais ça n'a jamais arrêté une Belge



Aujourd'hui la famille qui gère le domaine avec 4 jardiniers et des bénévoles ne plante plus de nouvelles fleurs mais essaie d'entretenir au mieux les espaces verts aménagés par la vieille dame. On s'est baladés dans les allées avant de reprendre la route vers de nouvelles découvertes surprenantes. Et, comme nous sommes bon public, Nicole et moi avons joué le jeu pour rendre hommage à la grand-mère Shichiku en arborant nous aussi un chapeau fleuri dans son jardin.





HOKKAIDO : MON BEAU SAPIN, ROI DES FORETS PAS QUE JAPONAISES

La pluie intense qui a rythmé notre samedi a fini par s'arrêter et ça tombe bien puisque nous avons 4 visites de prévues ce dimanche, toutes situées sur la Route des Jardins d'Hokkaido (comme le Jardin du vent, le lieu de tournage que nous avons découvert hier) et plus précisément autour de Obihiro. On commence par Manabe Garden qui était à la base - comme c'est souvent le cas - une simple pépinière et qui, au fil du temps, est devenu un lieu d’exposition botanique. Ouvert au public à partir de 1966, il s’étend aujourd’hui sur 8 hectares. 

Vue plongeante sur les conifères de Manabe Garden (ville d'Obihiro)

Pour que vous puissiez vous situer un peu, on est toujours sur l'île la plus au nord du Japon (Hokkaido) et, après Sapporo et Furano, nous sommes partis encore plus à l'est vers la région d'Obihiro.

Si vous aussi vous aimez situer les choses sur une carte

Comme d'hab' pour moi : un petit déjeuner mi-anglais / mi-japonais
(dans un petit box individuel au rez-de-chaussée, avec vue sur la rue) 

Vous ne trouvez pas que ces fils placés pour protéger les poissons 
font un peu "mission impossible pour héron" ?
Moi ça m'évoque les rayons de lasers à éviter dans les films d'action
(pour rappel, il suffit de cliquer sur les photos pour zoomer)

S’il se compose aussi d’un jardin japonais et d’un jardin paysager, ce qui fait de ce lieu un endroit remarquable est qu’il est le plus vaste jardin de conifères du Japon : les arbres dont les variétés (environ 1000 !) proviennent du monde entier ont été soigneusement agencés en un immense jardin paysager rythmé par les nuances de verts, les tailles et les textures des végétaux.






Ces arbres forment un havre de paix dans lequel il est très agréable de déambuler de bon matin, d'autant plus avec les odeurs amplifiées par les fortes pluies de la veille. Il s'en dégage une impression de force et de sagesse qui n'est pas sans rappeler les Ents dans l'univers de Tolkien, mais aussi et bien sûr les esprits de la forêt de la mythologie japonaise (lire entre autres à ce sujet ma rencontre avec l'arbre de Totoro sur l'île de Shikoku en 2014).

La faune locale ne s'y est pas trompée et les petits mammifères s'en donnent à coeur joie autour de nous, à commencer par ce bébé mammouth.


Non, je rigole. Enfin, à moitié. A l'occasion des 50 ans de son ouverture au public, le jardin a vu naître un nouvel espace près de la sortie, où un zoo a été créé avec des arbres à la forme mystérieuse, et le visiteur est invité à laisser parler son imagination. Un peu comme quand on reconnaît des formes familières dans un paysage, un nuage, une tache d'encre, etc. Vous saviez d'ailleurs que ça porte un nom ? C'est une paréidolie.

Il y avait aussi de vrais écureuils, si ça vous tracasse

Enfin, je me devais d’immortaliser mon passage à la “Small squirrel church”
pour mon paternel qui les apprécie,
même s'il a plus l'habitude des écureuils québécois

 







HOKKAIDO : UN P'TIT COIN DE PARAPLUIE...

Je me rends compte que, quand je vous ai dit que le blog reprenait du service pour ce 6e voyage, je ne vous ai pas communiqué le titre du programme concocté par Francis Peeters pour Marco Polo : "Hokkaido, la grande île du nord et la route des jardins". Je me dis que je ne vais pas vous raconter en long et en large chaque visite verte - aussi ressourçant soit-il de se balader chaque jour dans la nature et d'en apprendre davantage sur la flore mondiale - vu que c'est un blog Japon et pas un blog "jardins et loisirs" (j'en connais d'autres qui font très bien ça). Je continue donc mon récit en ne perdant pas le cap de mettre en exergue ce qui me marque personnellement au fur et à mesure de mes aventures. 

"Il pleuvait fort sur la grand-route..." ce matin comme dans la chanson de Georges Brassens et aucune accalmie n'était vraiment prévue de la journée. Quand tu es embarqué dans un voyage jardins, ça pourrait te plomber l'ambiance sachant que tu passes beaucoup de temps dehors mais pas au Japon car ici existe le (prêt de) Parapluie ! Et le respect de la propriété d'autrui. 

Sur le parking à l'entrée du site : de grands parapluies à disposition 

En effet, quand on arrive sur le site de Tokachi Millenium Forest (十勝千年の森)*, on descend du car et on tombe nez à nez avec cette "boîte à parapluies" que les gens sont libres d'emprunter gratuitement pour le temps qu'ils veulent durant leur visite. Vous imaginez ça en Europe ? Il ne faudrait pas longtemps pour qu'ils disparaissent. Mais ici c'est tout naturel...

On n'est pas beaux la team verte ? 
On en oublie la drache pour se concentrer sur la visite dès l'Entrance Forest
Tout est fait pour que nos pieds restent secs le plus longtemps possible

Alors oui, en tant que voyageurs avertis, on avait des vestes imperméables et des petits parapluies pliables dans nos sacs mais, avec une journée complète de pluie battante, ça finirait par percer. Et avec plusieurs visites par jour, on était très heureux de ne pas être percés jusqu'aux os dès la première heure. Grâce aux grands et solides parapluies à disposition, aux palettes disposées dans les plus grosses flaques pour éviter de détremper nos chaussures de randonnée et après un bon curry roboratif, on n'a pas hésité longtemps à se lancer dans l'ascension de Millenium Hill malgré les conditions météorologiques qui auraient découragé plus d'un canard.

Un petit moment au sec et un bon curry pour prendre des forces

Et c'est parti pour la grimpette

Plus on monte, plus c'est pentu et moins on y voit
avec le brouillard qui s'ajoute à la pluie

Là où le chemin s'arrête : les courageux, satisfaits d'avoir atteint le sommet

Il y aurait beaucoup à dire sur l'ambitieux et visionnaire projet qu'une équipe d'architectes paysagistes - dont l'Anglais Dan Pearson - a développé ici en combinant nature sauvage, art et jardins sur plusieurs centaines d'hectares à la demande du propriétaire des lieux Mitsushige Hayashi ayant fait fortune dans l'imprimerie... mais ce n'est pas mon métier. Pas mal d'écrits existent sur ce projet et sur la question de comment (re)connecter homme et nature au travers de larges manipulations spatiales de land art. Je me contenterai de mon côté de conclure en vous partageant encore quelques photos de plantes ayant illuminé notre très humide balade dans les jardins à thème après l'ascension de la colline. Et de vous préciser que, si j'ai subtilisé quelques framboises au passage, j'ai bien restitué le beau parapluie vert estampillé.




* PS (oui j'aime abuser du post-scriptum) : le nom du site Tokachi Millenium Forest en japonais 十勝千年の森 contient de nouveau un kanji que je connais et j'en profite pour vous partager cette gradation que j'ai toujours trouvée très pertinente (et facile à retenir) : 
- un arbre s'écrit avec le kanji :  
- un bois (un peu plus grand avec plus d'arbres) s'écrit avec 2 arbres 木 :  
- une forêt (encore plus grande et avec bien plus d'arbres) s'écrit avec 3 arbres 木 :