samedi 12 avril 2025

EMBARQUEMENT DANS LE SHINKANSEN POUR LE NORD-EST DU JAPON

Même si je n'ai dormi que quelques heures (c'est que ça prend du temps le soir de rédiger un blog et un carnet de bord), je n'ai pas trop de mal à me lever ce matin car on voyage aujourd'hui avec mon mode de transport en commun préféré. Et pas n'importe quel train puisqu'on embarque dans un shinkansen sur une des lignes à grande vitesse du Japon.

J'adooore les trains

Si vous me suivez, vous savez que c'est loin d'être la première fois que je prends le train au Japon mais le shinkansen ça commence à dater. Je l'ai déjà pris vers l'ouest (pour Kyoto, Hiroshima, etc.) et plus vers le sud pour rejoindre la plus petite des quatre îles principales du Japon : ma chère Shikoku ! C'était touchant d'ailleurs pour moi de relire cet extrait du blog dans lequel je racontais comment s'y rendre la première fois que je suis partie marcher sur les routes du pèlerinage des 88 temples de Shikoku en 2012.

Cette fois, changement de cap ! Nous partons vers le nord-est dans la région du Tohoku et plus précisément sa plus grande ville (environ un million d’habitants) : Sendai (仙台市). Si ce nom ne vous est pas inconnu, c'est peut-être parce qu'on en a beaucoup parlé en 2011 quand le tsunami a frappé cette partie du Japon (Fukushima n'est pas loin) ou - plus positif - parce que vous avez vu un reportage sur sa médiathèque mondialement connue pour son architecture.

C’est en tout cas une étape fréquente des voyageurs car Sendai se trouve à mi-chemin entre Tokyo et Aomori (tout au nord de l’île principale Honshu, non loin de l’île d’Hokkaido). Le poète Matsuo Bashō (松尾 芭蕉) par ailleurs grand bourlingueur s’y est lui-même posé au 17e siècle. Et pour la petite anecdote, Sendai a une longue tradition de jumelages internationaux. Celui avec Riverside (Californie) en 1957 est l'un des plus anciens jumelages d'une ville japonaise. Sinon on notera qu’elle est aussi jumelée avec Rennes en France, Acapulco au Mexique, Minsk en Biélorussie ou encore Dallas ton univers impitoyable.

Source de la carte :
https://www.wonderful-japan.com/en/sendai/

A chaque ligne son design de train

Que la récolte de tampons souvenirs dans
les gares et autres lieux publics commence !

En parlant de design, celui des shinkansen est vraiment très particulier avec leur long nez qui leur permet de filer à toute vitesse vers leur cap (que dis-je ? leur péninsule). Mais sinon on retrouve les rituels classiques qui font la réputation des trains japonais : équipe de nettoyage au taquet, sièges qui se retournent en fonction de la direction du train, personnel de bord qui passe avec un chariot, sanitaires propres... et départs à l'heure prévue.




Nous voici donc à bord de ce train - vert ! - de la JR East (JR = Japan Railway). Certains en profitent pour manger le petit déjeuner à emporter reçu à l'hôtel qu'on a dû quitter à une heure trop matinale que pour aller au buffet. Bon moi, vous me connaissez, j'avais déjà tout mangé après une dizaine de minutes dans le car qui nous emmenait vers la gare de Tokyo.





J'aurais bien regardé les paysages mais ils étaient assez plats sur notre trajet et donc ne dépassaient pas beaucoup des murs anti-bruits présents sur de nombreuses portions de la ligne. Nous avons quand même vu de plus en plus de cerisiers en fleurs au fur et à mesure que nous progressions vers notre destination. Mais ceci est une autre histoire ! To be continued... dans l'article suivant.

PS 1 : Sur quasi chaque quai vous trouvez des kiosques comme celui-ci. Je vous en ai longuement parlé en images dans le Testé pour vous : l'ekiben, gastronomie ferroviaire, à (re)lire si vous voulez en savoir plus sur ces célèbres "boîtes à repas" japonaises vendues dans les gares.


PS 2 : Nous avons voyagé léger car nos valises sont parties en camion ce matin (et arrivées dans l'après-midi avant nous à l'hôtel tandis que nous visitions Sendai). C'est un service très utilisé par les Japonais à travers tout le pays et de toute façon il n'y aurait pas eu assez de place dans le train pour les sacs et valises de tout le groupe.



TESTE POUR VOUS : TAPIS ROULANT A SUSHIS

J’avais déjà testé les petits trains à sushis dans différentes villes d’Europe mais je ne m’étais jamais lancée dans cette aventure en terres nippones. Et comme nos joyeux guides - arrivés avant nous pour profiter un peu du Japon sans le groupe - nous avaient indiqué qu’il y avait plusieurs restaurants de la chaîne Kura Sushi dans notre quartier de Tokyo (Ikebukuro) et que certains amis n'avaient jamais essayé, on a opté pour ce type de souper hier.



Je ne vous expliquerai pas ici comment réserver car c’est très bien détaillé - en anglais et en images - sur le site de la chaîne Kura Revolving Sushi Bar.

Une fois le processus de réservation achevé, vous recevez un numéro (655 dans notre cas concret d'hier) à entrer dans un ordinateur à l’arrivée au restaurant. Cette machine vous attribue ensuite un emplacement : soit le long du comptoir si vous êtes peu nombreux, soit à une table perpendiculaire au défilé des sushis si vous êtes plus nombreux... et vous mettez alors à contribution ceux assis près du tapis roulant !


Moi par exemple ;-)

Deux options s’offrent alors à vous pour choisir vos plats : le tapis roulant des sushis aka le petit train omnibus… ou la commande via tablette avec livraison par le shinkansen (TGV) des tapis roulants.

En haut le TGV des livraisons / en bas l'omnibus qui défile

Sur le tapis roulant du dessous, les sushis défilent, la plupart du temps annoncés par un petit panneau avec photo du plat à suivre. Vous n'avez qu'à vous servir au passage de la petite assiette qui vous tente.

A l’étage du dessus, les plats commandés via tablette arrivent de manière expresse (dans les 2 sens du terme : rapidement et précisément) au niveau de votre table sur un tapis commandé par la cuisine.

Moi j'ai surtout pris sur le tapis du dessous car ça m'amusait d'analyser
ce qui défilait (notez le petit panneau qui décrit l'assiette à suivre)

Mais d'autres ont fait livrer leurs choix par le tapis express du niveau supérieur

Les retrouvailles avec le melon soda !

Quand il s'agit de manger, j'ai souvent le sourire
et là on a bien rigolé

La "boîte aux lettres" pour les petites assiettes vides


Au fur et à mesure, vous glissez les assiettes vides dans une fente en bout de table et cette sorte de boîte aux lettres fait le calcul de votre consommation. Et une fois votre repas terminé, vous faites le check out avec votre numéro de table pour obtenir l'addition à payer sur une machine.

Bref, on n'a pas vu un humain travaillant dans ce lieu (j'exagère un peu, il y a des gens qui débarrassent les tables) et ce n'est pas de la grande gastronomie mais ça nous a coûté une dizaine d'euros par personne et c'était ludique.

PS : Tout n'est pas traduit sur la tablette du resto mais il me semblait avoir reconnu le logo bleu et rouge de l'Expo universelle 2025 d'Osaka. Intriguée, je clique sur la page et découvre qu'il n'y a pas que des sushis sur ce menu mais aussi des goodies (la marque Kura Sushi est partenaire de l'expo). Vu le prix dérisoire, j'ai donc commandé un autocollant pour le carnet de voyage... et il m'est arrivé dans une assiette via le tapis roulant des livraisons rapides !


vendredi 11 avril 2025

NIKKO : DE L'EAU, DE LA NEIGE ET DE LA GLACE

Vous l'aviez compris à la couleur du ciel sur les photos de l'article précédent : la météo ne présageait rien de bon. C'est donc armés de parapluies que nous sommes partis à la découverte des chutes de Kegon (華厳滝).



Le car a vaillamment grimpé la sinueuse route (heureusement à sens unique ; le vide n'était pas loin et je n'était pas très rassurée) dans la montagne au coeur du Parc National de Nikko pour nous mener à un original point de vue. En effet, c'est en ascenseur que l'on descend une centaine de mètres pour se retrouver sur ce promontoire qui fait face aux chutes Kegon. Celles-ci sont alimentées par le lac Chuzenji et s’inscrivent sur le parcours de la rivière Daiya qui file vers Nikko. Les eaux de la plus importante de ses cascades plongent ici de 97 mètres de haut sur 7 mètres de large.

On était un peu étonnés qu'elle ne soit pas plus impressionnante à la sortie de l'hiver alors que l'on trouvait encore de la neige dans certaines parties du paysage mais, malgré la météo, le bruit et le jeu de l'eau - s'écoulant notamment devant un petit Mont Fuji, vous le voyez ? - offraient un spectacle son et humidité néanmoins agréable.

Les chutes de Kegon (97m)

Vous le voyez mieux le petit Mont Fuji ?

Les résidus de neige dans ce paysage à peine sorti de l'hiver

Première glace du séjour : citron


Et puis, une petite glace ça sauve tout, non ? ;-)

NIKKO : RETOUR ATTENDU A LA NATURE, A LA GASTRONOMIE ET AU PATRIMOINE JAPONAIS

Nikko (日光) est le seul site historique du programme de 2025 que j'avais déjà visité précédemment mais c'était en 2011 donc ça remonte un peu. Et je l'avais vu dans la grisaille si j'en crois ce blog donc j'avais l'espoir d'une autre perspective sous le soleil... espoir un peu douché (c'est le cas de le dire !) quand j'ai vu la météo annoncée pour ce vendredi. J'avais d'ailleurs envisagé dans un premier temps d'intituler ce papier "Nikko sera gris ou ne sera pas" !


J'avais hâte / besoin d'être dépaysée

Départ plutôt matinal annoncé (7h30 dans le hall de l'hôtel) : ça ne me pose pas de problème si je peux profiter du petit déjeuner. Le buffet ouvre à 6h30 donc ça me laisse le temps de me composer une belle assiette variée.


Nous prenons ensuite la route pour une excursion d'une journée à Nikko, petite ville d'environ 80.000 habitants située à 150 kilomètres au nord de Tokyo, dans la préfecture de Tochigi. Je suis contente d'y retourner car, dans mon souvenir, c'était en pleine nature. Et, effectivement, la centaine de bâtiments qui composent le site se trouvent disséminés au milieu d'une forêt de cryptomerias, cèdres, pins, etc. C'est qu'en fait on entre dans le Parc National de Nikko pour accéder à l'ensembles des principaux temples et sanctuaires classés au patrimoine mondial de l’humanité par l'UNESCO en 1999.

On commence par une des parties du temple Rinno-ji (Sanbutsudo) et plus précisément sa "salle des 3 bouddhas" : Amida Nyorai (au centre), Senju Kannon (à droite ; déesse de la miséricorde, dont chacune des mille mains tient un outil pour aider l'humanité à atteindre l'illumination) et Bato Kannon (à gauche ; bouddha à tête de cheval, représentant la force / le pouvoir). Comme souvent, les photos sont interdites à l'intérieur ; j'en ai déniché sur le net pour vous donner un aperçu, surtout de l'incroyable Bato Kannon avec la tête de cheval qui surgit dans sa chevelure.

Sanbutsudo, de profil

Sanbutsudo, de face 

Les 3 statues en bois recouvertes d'or et de couleurs
Source image : Holiday Travel

Restauration de Bato Kannon, bouddha à tête de cheval
Source image : "Religion in Japan", Université de Vienne


J'étais jeune en 2011 lors de ma première visite et je n'avais pas le souvenir de tant de volées d'escaliers. Pourtant il va y en avoir une série ! C'est que, dans un tel site, ça monte par pallier - et pas en ligne droite - jusqu’au "saint des saints", souvent une pagode. Ici le point le plus haut n'est pas la pagode mais les cendres de Tokugawa Ieyasu, fondateur de la dynastie des shoguns Tokugawa qui unifia l’archipel sous son autorité à l’époque Edo. C'est à son esprit qu'est dédié le sanctuaire shintoïste Toshogu, créé au 17e siècle.

Torii, lanterne et pagode au coeur de la nature japonaise



Parfaitement intégrés dans leur environnement, tous ces sites sacrés comportent plusieurs bâtiments de tailles diverses qui constituent un ensemble patrimonial incomparable. Loin de la sobriété japonaise traditionnelle, les décors de bois sculptés polychromes forment un foisonnement baroque d’une rare intensité et fourmillent de détails à repérer. Si je me souvenais bien des trois singes de la sagesse et de l'éléphant sorti de l'imagination d'artistes japonais qui n'en avaient jamais vus, Francis attire notre attention sur d'autres curiosités comme le chat qui pique un somme et le pilier monté à l'envers car rien ne doit être parfait.

Les 3 singes de la sagesse sculptés sur les écuries


On l'a trompé énormément l'artisan au sujet de l'image de l'éléphant


Alors vous l'avez trouvé...

... le pilier qui est différent des 3 autres ?


Le "sleeping cat"


Il y a beaucoup à voir à Nikko et on ne fait que longer le sanctuaire Futarasan pour terminer notre matinée par l'autre partie du temple Rinno-ji (Taiyuin), mausolée du 3e shogun Tokugawa, Iemitsu (le petit-fils d'Ieyasu). Ici aussi se mêlent des structures tant bouddhistes que shintoïstes et nous n'aurons pas le temps de tout voir. Il faut dire qu'on a aussi été bluffés par la beauté de la nature et notamment des Edgeworthia chrysantha, arbustes à la floraison jaune qui ont guidé nos pas vers cette dernière visite avant le repas.










On retrouve partout cette "triple rose trémière" (qu'on dirait composée de trois coeurs), emblème du clan Tokugawa. Mais bon, trêve d'histoire, de botanique et de culture : place à la gastronomie ! Dois-je vous préciser que j'avais faim après toutes ces réjouissances de l'esprit ?


Dans les petits plats qui composent notre repas, l'agence japonaise avec laquelle travaille Marco Polo veille toujours à ce qu'on puisse goûter l'une ou l'autre spécialité régionale. Ici c'est le Nikko yuba, une sorte de crème de tofu faite de la couche qui se forme au-dessus du lait de soja quand on le fait bouillir lors de la préparation du tofu. La légende dit que le yuba aurait été découvert par hasard par un moine qui avait perdu de vue son lait de soja chaud et qui goûta la fine peau qui s’y était formée. Aujourd'hui le yuba frais ou séché entre dans la réalisation de nombreux plats dont deux exemples sont repris sur notre plateau. Bon, je n'étais pas à la base fan de tofu et cette dégustation n'a rien arrangé à l'affaire mais c'était intéressant de goûter. Et, pas d'inquiétude, d'autres mets du menu varié ont fait mon bonheur. Y a qu'à voir ma tête réjouie.


Et ce sympathique repas fut aussi l'occasion pour Francis Peeters et Guy Vandesande d'offrir à Emiko - leur indispensable accompagnatrice locale depuis plusieurs décennies - leur dernier livre Jardins secrets du Japon dans lequel elle a découvert avec émotion que l'ouvrage lui était dédié. Un beau moment touchant.