dimanche 16 juillet 2023

HOKKAIDO : NOTRE RENDEZ-VOUS MANQUE AVEC LA GRAND-MERE AUX FLEURS

Dans le programme initial de notre voyage, nous aurions dû ce matin rencontrer une vieille dame devenue la coqueluche d'Hokkaido en se créant un personnage loufoque de grand-mère qui sortait "habillée de fleurs" chaque jour au milieu du jardin qu'elle a réalisé à plus de 60 ans pour sortir de la torpeur au décès de son mari : Shichiku Garden [紫竹ガーデン].

Akiyo Shichiku (1927-2021)

Malheureusement, le covid a retardé notre voyage à Hokkaido de plusieurs années et madame Akiyo Shichiku est entretemps décédée en 2021 à l'âge de 94 ans. Quand Francis nous a appris ce décès lors de notre réunion préparatoire en juin avec les autres participants, j'en avais déduit que cette visite disparaissait dès lors du parcours. Que nenni ! L'affaire familiale se perpétue et c'est le petit-fils (le fils de la fille ainée) de la vénérable dame aux fleurs qui nous accueille.




Il nous raconte (par l'intermédiaire de la traduction de notre fée locale Emiko) que sa grand-mère avait, étant enfant, pour ambition de fleurir tout Hokkaido. Avec l'âge, elle s'est quand même rendu compte que ça allait être compliqué donc elle a décidé de consacrer le reste de sa vie à remplir de fleurs les 5 hectares de son jardin. Est-ce que c'est réussi ? "oui et non, oui et non", comme dirait l'autre.

C'est personnel évidemment comme ressenti. Moi j'ai trouvé ça un peu chargé par endroits et pas toujours très réfléchi. Avec des couleurs, des types de plante, des textures et des hauteurs de tiges qui ne vont pas toujours fort ensemble. Ça crée une ambiance assez kitsch qui a été poussée à l'extrême en ajoutant un espace intérieur pour afternoon tea lui aussi rempli de fleurs, du décor au service à thé en passant par les chapeaux mis à disposition pour prendre la pose. Comme disait quelqu'un du groupe, on s'attend à voir une old lady anglaise telle Miss Marple débarquer à chaque instant.

C'est assez surréaliste comme repas au Japon 
mais ça n'a jamais arrêté une Belge



Aujourd'hui la famille qui gère le domaine avec 4 jardiniers et des bénévoles ne plante plus de nouvelles fleurs mais essaie d'entretenir au mieux les espaces verts aménagés par la vieille dame. On s'est baladés dans les allées avant de reprendre la route vers de nouvelles découvertes surprenantes. Et, comme nous sommes bon public, Nicole et moi avons joué le jeu pour rendre hommage à la grand-mère Shichiku en arborant nous aussi un chapeau fleuri dans son jardin.





HOKKAIDO : MON BEAU SAPIN, ROI DES FORETS PAS QUE JAPONAISES

La pluie intense qui a rythmé notre samedi a fini par s'arrêter et ça tombe bien puisque nous avons 4 visites de prévues ce dimanche, toutes situées sur la Route des Jardins d'Hokkaido (comme le Jardin du vent, le lieu de tournage que nous avons découvert hier) et plus précisément autour de Obihiro. On commence par Manabe Garden qui était à la base - comme c'est souvent le cas - une simple pépinière et qui, au fil du temps, est devenu un lieu d’exposition botanique. Ouvert au public à partir de 1966, il s’étend aujourd’hui sur 8 hectares. 

Vue plongeante sur les conifères de Manabe Garden (ville d'Obihiro)

Pour que vous puissiez vous situer un peu, on est toujours sur l'île la plus au nord du Japon (Hokkaido) et, après Sapporo et Furano, nous sommes partis encore plus à l'est vers la région d'Obihiro.

Si vous aussi vous aimez situer les choses sur une carte

Comme d'hab' pour moi : un petit déjeuner mi-anglais / mi-japonais
(dans un petit box individuel au rez-de-chaussée, avec vue sur la rue) 

Vous ne trouvez pas que ces fils placés pour protéger les poissons 
font un peu "mission impossible pour héron" ?
Moi ça m'évoque les rayons de lasers à éviter dans les films d'action
(pour rappel, il suffit de cliquer sur les photos pour zoomer)

S’il se compose aussi d’un jardin japonais et d’un jardin paysager, ce qui fait de ce lieu un endroit remarquable est qu’il est le plus vaste jardin de conifères du Japon : les arbres dont les variétés (environ 1000 !) proviennent du monde entier ont été soigneusement agencés en un immense jardin paysager rythmé par les nuances de verts, les tailles et les textures des végétaux.






Ces arbres forment un havre de paix dans lequel il est très agréable de déambuler de bon matin, d'autant plus avec les odeurs amplifiées par les fortes pluies de la veille. Il s'en dégage une impression de force et de sagesse qui n'est pas sans rappeler les Ents dans l'univers de Tolkien, mais aussi et bien sûr les esprits de la forêt de la mythologie japonaise (lire entre autres à ce sujet ma rencontre avec l'arbre de Totoro sur l'île de Shikoku en 2014).

La faune locale ne s'y est pas trompée et les petits mammifères s'en donnent à coeur joie autour de nous, à commencer par ce bébé mammouth.


Non, je rigole. Enfin, à moitié. A l'occasion des 50 ans de son ouverture au public, le jardin a vu naître un nouvel espace près de la sortie, où un zoo a été créé avec des arbres à la forme mystérieuse, et le visiteur est invité à laisser parler son imagination. Un peu comme quand on reconnaît des formes familières dans un paysage, un nuage, une tache d'encre, etc. Vous saviez d'ailleurs que ça porte un nom ? C'est une paréidolie.

Il y avait aussi de vrais écureuils, si ça vous tracasse

Enfin, je me devais d’immortaliser mon passage à la “Small squirrel church”
pour mon paternel qui les apprécie,
même s'il a plus l'habitude des écureuils québécois

 







HOKKAIDO : UN P'TIT COIN DE PARAPLUIE...

Je me rends compte que, quand je vous ai dit que le blog reprenait du service pour ce 6e voyage, je ne vous ai pas communiqué le titre du programme concocté par Francis Peeters pour Marco Polo : "Hokkaido, la grande île du nord et la route des jardins". Je me dis que je ne vais pas vous raconter en long et en large chaque visite verte - aussi ressourçant soit-il de se balader chaque jour dans la nature et d'en apprendre davantage sur la flore mondiale - vu que c'est un blog Japon et pas un blog "jardins et loisirs" (j'en connais d'autres qui font très bien ça). Je continue donc mon récit en ne perdant pas le cap de mettre en exergue ce qui me marque personnellement au fur et à mesure de mes aventures. 

"Il pleuvait fort sur la grand-route..." ce matin comme dans la chanson de Georges Brassens et aucune accalmie n'était vraiment prévue de la journée. Quand tu es embarqué dans un voyage jardins, ça pourrait te plomber l'ambiance sachant que tu passes beaucoup de temps dehors mais pas au Japon car ici existe le (prêt de) Parapluie ! Et le respect de la propriété d'autrui. 

Sur le parking à l'entrée du site : de grands parapluies à disposition 

En effet, quand on arrive sur le site de Tokachi Millenium Forest (十勝千年の森)*, on descend du car et on tombe nez à nez avec cette "boîte à parapluies" que les gens sont libres d'emprunter gratuitement pour le temps qu'ils veulent durant leur visite. Vous imaginez ça en Europe ? Il ne faudrait pas longtemps pour qu'ils disparaissent. Mais ici c'est tout naturel...

On n'est pas beaux la team verte ? 
On en oublie la drache pour se concentrer sur la visite dès l'Entrance Forest
Tout est fait pour que nos pieds restent secs le plus longtemps possible

Alors oui, en tant que voyageurs avertis, on avait des vestes imperméables et des petits parapluies pliables dans nos sacs mais, avec une journée complète de pluie battante, ça finirait par percer. Et avec plusieurs visites par jour, on était très heureux de ne pas être percés jusqu'aux os dès la première heure. Grâce aux grands et solides parapluies à disposition, aux palettes disposées dans les plus grosses flaques pour éviter de détremper nos chaussures de randonnée et après un bon curry roboratif, on n'a pas hésité longtemps à se lancer dans l'ascension de Millenium Hill malgré les conditions météorologiques qui auraient découragé plus d'un canard.

Un petit moment au sec et un bon curry pour prendre des forces

Et c'est parti pour la grimpette

Plus on monte, plus c'est pentu et moins on y voit
avec le brouillard qui s'ajoute à la pluie

Là où le chemin s'arrête : les courageux, satisfaits d'avoir atteint le sommet

Il y aurait beaucoup à dire sur l'ambitieux et visionnaire projet qu'une équipe d'architectes paysagistes - dont l'Anglais Dan Pearson - a développé ici en combinant nature sauvage, art et jardins sur plusieurs centaines d'hectares à la demande du propriétaire des lieux Mitsushige Hayashi ayant fait fortune dans l'imprimerie... mais ce n'est pas mon métier. Pas mal d'écrits existent sur ce projet et sur la question de comment (re)connecter homme et nature au travers de larges manipulations spatiales de land art. Je me contenterai de mon côté de conclure en vous partageant encore quelques photos de plantes ayant illuminé notre très humide balade dans les jardins à thème après l'ascension de la colline. Et de vous préciser que, si j'ai subtilisé quelques framboises au passage, j'ai bien restitué le beau parapluie vert estampillé.




* PS (oui j'aime abuser du post-scriptum) : le nom du site Tokachi Millenium Forest en japonais 十勝千年の森 contient de nouveau un kanji que je connais et j'en profite pour vous partager cette gradation que j'ai toujours trouvée très pertinente (et facile à retenir) : 
- un arbre s'écrit avec le kanji :  
- un bois (un peu plus grand avec plus d'arbres) s'écrit avec 2 arbres 木 :  
- une forêt (encore plus grande et avec bien plus d'arbres) s'écrit avec 3 arbres 木 : 

samedi 15 juillet 2023

HOKKAIDO : VISITE D'UN LIEU DE TOURNAGE DE SERIE TV

Le jardin que nous allons visiter ce matin à Furano pas loin de l'hôtel s'appelle Kaze no Garden (風のガーデン) : oh mais voilà encore un kanji que j'ai calligraphié et - pour une fois - retenu : c'est celui du vent 風 / Kaze. Ça me rappelle d'ailleurs que j'avais rencontré lors de mon premier voyage au Japon les membres d'une compagnie théâtrale du même nom qui joue des pièces de Matéi Visniec, un ami et auteur dramatique comptant pas mal d'ouvrages dans le catalogue de Lansman Editeur. Mais ceci est une autre histoire (si vous êtes curieux, lisez : Une belle rencontre avec la Tokyo Théâtre Compagny Kaze).

Ce "jardin du vent" est pour le moins original vu qu'il a été complètement réalisé à partir de rien en 2008 et contient plus de 450 espèces de plantes différentes.

Un cottage plutôt de style anglais au milieu du jardin

Ça ne vous semble pas très japonais ? C'est normal car il s'agit d'un décor conçu de toutes pièces pour le "drama maladie" (un type de série TV axée sur... la maladie d'un personnage, vous l'aurez compris) du même nom : "Kaze no Garden". L'histoire en deux mots : Sadami, un médecin anesthésiste d'un grand hôpital à Tokyo, vit seul depuis que ses infidélités ont conduit sa femme au suicide et qu'il a perdu la garde de ses deux enfants au profit du grand-père. Quand il découvre 7 ans après ce drame qu'il a un cancer à un stade avancé, il décide de retourner dans sa ville natale à Hokkaido pour revoir une dernière fois ses enfants... (Envie d'en savoir plus sur le pitch ? lire ici un article d'un autre blog Japon)

L'affiche du drama Kaze no Garden (風のガーデン) où l'on peut voir la petite maison / cottage et une partie du jardin 

Mais quel rapport avec le jardin qu'on visite ce matin ? Eh bien, dans le scénario, la fille (du personnage principal Sadami) travaille dans le jardin créé par sa mère, le Kaze no Garden ayant donné son nom à la série. Son frère - qui n'est pas scolarisé - l'aide à entretenir les lieux et connaît toutes les plantes qui y poussent. Vous comprenez maintenant aisément que les 11 épisodes de cette série se déroulent principalement dans ces lieux, comme le confirme l'auteure du blog cité plus haut : "Le jardin est omniprésent, tout le long des épisodes et dans les deux génériques. Les gros plans sur les fleurs bercées par le vent comme les vues plus larges sur le jardin et sa petite maison créent une ambiance de sérénité et une impression d’éternité qui m’ont vraiment touchée. En accord avec ce thème, chaque épisode a pour titre le nom d’une fleur."

Décor intérieur : salon

Décor intérieur : living et coin bureau / bibliothèque

Décor extérieur : le cottage, vue latérale

Le drama a connu un réel succès au Japon, si bien que de nombreux Japonais connaissent ce jardin... même sans l'avoir jamais visité ni même avoir mis les pieds sur l'île d'Hokkaido. A la fin du tournage, il a dès lors été décidé d'ouvrir le lieu au public et de le conserver (l'intérieur en l'état ; les extérieurs toujours entretenus par des jardiniers que nous avons pu voir au travail).

Construction des lieux de tournage : on voit qu'ils sont partis de rien

Il pleut depuis ce matin...


Mais ça n'empêche pas les jardiniers de travailler 



Une touriste qui adore découvrir l'envers du décor des tournages 

PS : Il faut vraiment que je vous parle d'un truc hyper pratique qui constitue un réel progrès technologique depuis mon dernier voyage dans ce pays il y a presque 10 ans. Lors de nos échanges de bons procédés avant le départ, Marie-Pat' et Philippe m'avaient conseillé d'activer mon eSIM sur le téléphone portable et d'acheter un petit forfait local sur Airalo (pour le Japon j'ai 3GB chez Moshi Moshi). Et grâce à cela, quand tu te retrouves devant un panneau directionnel, un menu de resto ou tout autre texte qui te paraît nébuleux, tu actives ta 4G locale (sans que ça ne te coûte un rein chez Proximus ou autre opérateur belge) et tu ouvres Google pour sélectionner "Traduire du texte avec votre appareil photo". C'est MA-GI-QUE !

Exemple au Kaze no Garden ce matin devant cette pancarte écrite manuellement

Ca me traduit que c'est le listing des roses actuellement en fleurs au jardin
(bon, tu ne peux pas lui demander des certitudes botaniques sur la nomenclature des fleurs
mais c'est bien pratique pour avoir une idée générale)

HOKKAIDO : UN LAC BLEU QUI PORTE BIEN SON NOM

Un billet plus court car les photos parlent d'elles-mêmes. Même sans gros rayons de soleil, ce bleu turquoise est assez extraordinaire !


Plus que d'un lac, c'est d'un étang bleu (青い池 / Aoi Ike) qu'il s'agit à Biei. C'est une pièce d'eau artificielle qui s'est formée à fin des années 1980, quand le Mont Tokachi est entré en éruption et qu'un barrage fut construit pour protéger les constructions avoisinnantes. Pour percer les mystères de cette teinte, nous remontons vers la source : la chute d'eau Shirahage, non loin.



Comme on le voit sur la photo, l'eau a déjà une couleur bien bleue après avoir ruisselé contre la falaise : c'est à cet endroit qu'elle se chargerait du minerai d''aluminium présent dans les parois. 


De plus, les nuances de bleu changent avec les saisons. La nuance turquoise s'observe généralement de la mi-mai à la fin juin. Lorsque que de l'eau non aluminée, issue de la fonte des glace ou de fortes pluies, s'additionne à l'étang, celui-ci prend un couleur plus émeraude. L'ensoleillement, le vent, les nuages provoquant une grisaille plus ou moins intense, la pluie, etc. sont autant de facteurs qui peuvent modifier la colorimétrie. 

Vous vous demandez vraiment qui me fait rire ? Ne cherchez pas, c'est Francis et/ou Guy

Fun fact : cette image du lac turquoise avec les arbres morts au milieu de l'étang ne vous est pas inconnue ? C'est parce que Apple l'a utilisée comme fond d'écran des Macintosh dans le monde entier.

Pour ne pas changer, il y a une glace associée au lieu