samedi 5 octobre 2013

SHIKOKU : SINGING IN THE RAIN AU TEMPLE N° 47

La pluie continue de tomber et les randonneurs de marcher et photographier les alentours, comme ce curieux petit château en bord de champ pour indiquer le temple suivant.




Nous arrivons donc au Temple n° 47 (Yasaka-ji). Tout le monde se précipite à l'abri de la porte principale et du bureau de calligraphies. J'observe au passage la fontaine, souvent un dragon qui crache l'eau, au-dessus du bassin destiné à la purification (chozuya) ainsi que les louches (hishaku) dont l'une est décorée de manière originale.







Après un tour des lieux et notamment une visite au sous-sol du bâtiment principal où se trouve un nombre impressionnant de statuettes de Bouddha, nous nous posons pour manger le pique-nique emmené du ryokan. Au menu : onigiri (boulette de riz) aux algues et quelques pickles.




Mais il pleut vraiment trop et certains randonneurs sont trempés des pieds à la tête en passant par le sac à dos. Bien que l'air soit agréable (environ 20°), la pluie est froide et il nous faut renoncer au temple suivant qu'on remet au lendemain.

Et attendre un bus sous un parapluie au Japon à côté d'un drôle de personnage, ça me rappelle une image de Mon voisin Totoro (Tonari no Totoro), un film d'animation d'Hayao Miyazaki (Studio Ghibli, 1988 ; lire aussi au sujet de ce chef de file de l'animé japonais : Mitaka : Parc Inokashira et Musée Ghibli) dont nous avons justement chanté le générique avec Amélie en marchant sous la pluie. Et c'est une musique qui reste bien en tête toute la journée, n'est-ce pas Naalia ? ;o)


 
Après nous être essorés et changés à l'hôtel, rien de tel qu'un bon cheese gyuudon (bol de riz surmonté de lamelles de bœuf et d'oignons, avec du fromage dans cette version) chez Sukiya suivi d'une glace avec du caramal chez Choco Cro. Comment ça, la glace ça ne réchauffe pas ? ;o)



SHIKOKU : TRIPLE OSETTAI AU TEMPLE N° 46

Quand le réveil sonne à 7h, cela fait déjà plusieurs heures qu'il drache sur la région de Matsuyama. Dans la salle des repas du ryokan, le petit déjeuner nous attend. Il est un peu déconcertant pour les gens qui - contrairement à moi - ne mangent jamais de salé le matin : poisson grillé, œuf, tofu (non, toujours pas pour moi), riz, pickles, soupe, natto (plat traditionnel gluant et odorant à base de haricots de soja fermentés : ça, c'est trop pour moi, je passe mon tour), prune sure, thé... L'auberge nous a aussi préparé un lunch pour pas cher car on ne risque pas de trouver de repas en pleine nature.
 
La pluie intense confirmée pour toute la journée nous impose une réunion  de crise car la descente difficile dans la montagne prévue ce matin risque d'être fort peu praticable à cause des coulées d'eau et de boue. Une fois les différentes options exposées, nous choisissons de continuer quand même mais de partir d'un peu plus bas que prévu et via un autre itinéraire.




Le minibus de l'auberge nous descend à l'arrêt de transports en commun bien à temps pour attraper un des rares bus circulant ce samedi. J'ai équipé mon sac à dos de sa carapace verte anti-pluie et presque tout le monde s'est acheté un traditionnel parapluie transparent japonais à l'auberge (j'ai une veste mais ça ne protège pas l'appareil photos et si je veux avoir quelque chose à poster sur ce blog...).





 
Le bus nous laisse sur un bord de route et nous trouvons assez rapidement le chemin repéré sur la carte afin d'atteindre le premier temple de la journée situé à environ 3 km. Les paysages sont couverts de brume et cela crée une ambiance particulière. Il fait quand même plus de 20 ° C et c'est au son des gouttes tombant de manière assez rythmée sur nos parapluies que nous entamons notre descente.
 



Vous devez vous dire "oh les pauvres, obligés de randonner sous la pluie" mais je me dis que, sans cette météo, nous n'aurions jamais atterri sur ce chemin alternatif bordé de mandariniers. Et sans vouloir être d'un optimisme fatiguant, moi je suis très contente de pouvoir déguster une mandarine directement venue de l'arbre. L'expression "du producteur au consommateur" prend aujourd'hui tout son sens !



 
Nous poursuivons notre marche sous les arbres et puis dans le village, les parapluies transparents nous permettant de profiter du paysage presque comme si de rien n'était. La pluie amplifie même certaines odeurs, dont celle enivrante du kinmokusei dont je vous parlais dans : Shikoku épisode 3 : J'ai hâte ! 





Et nous arrivons donc au Temple n° 46 (Joruri-ji), fondé comme beaucoup de temples de la région par Gyoki au 8e siècle et restauré par Kukai qui en fit un lieu sacré au 9e siècle. Nous y trouvons un abri qui - ça tombe bien - est situé juste à côté du bureau de calligraphies, où nous recevons une mandarine mikan en guise d'osettai, la fameuse offrande au pèlerin pour soutenir le henro qui réalise le parcours à pied (je vous en ai déjà parlé à plusieurs reprises et notamment dans : Shikoku : Temples n° 4 et 5, les pseudo-pèlerins sont de sortie).
 
Et alors que nous profitons un peu de l'abri au sec et qu'Amélie me soigne une méchante piqure d'insecte au visage avec une crème à la cortisone (avec cette humidité, il fallait s'attendre aux attaques des bestioles), nous recevons en plus deux biscuits : l'un très beau avec le henro dessiné dessus et l'autre style "biscuit palmier" d'Europe. Ce qui nous fait un triple osettai dès le matin. Il faut croire que le gaijin (non-japonais) bravant les éléments pour continuer son chemin fait un peu pitié aux locaux.






 
J'en profite pour mentionner que la peau de la mandarine mikan oscille entre l'orange et le vert : le fruit que j'ai reçu était donc parfaitement mûr, au cas où vous vous poseriez la question... ;o)
 
Avant de repartir, Pierre-Alain nous fait la lecture de la minute historique et nous prenons quelques clichés des attributs qui distinguent ce temple des autres : un arbre (un genévrier, si je me souviens bien) qui a plus de 1000 ans et des empreintes de pied de Bouddha.






 

vendredi 4 octobre 2013

SHIKOKU : CONTRE LA MONTRE VERS LE TEMPLE N° 45

Nous avons environ 9 km à parcourir en montagne entre les temples 44 et 45 et ça commence tout d'abord par une belle montée dans la forêt. Puis ça grimpe et ça descend en alternance (j'aurais envie de dire "comme des montagnes russes" mais on parlera bien sûr ici de montagnes japonaises). Le terrain est parfois étroit, bordé de pentes abruptes ou semé d'obstacles mais nous gérons tranquillement l'ascension.
 








 
A un tiers du parcours, nous nous rendons compte que cette progression à allure modérée - parce que le groupe est inégal, que la forme physique de chacun est différente et que le terrain n'est pas toujours aisé - va poser un problème pour arriver avant l'heure de fermeture des bureaux de calligraphies, c'est-à-dire 17h. Lorsque nous croisons une bifurcation, ceux qui ne se sentent pas d'attaque ou d'humeur à se lancer dans cette course contre la montre prennent l'embranchement vers le logement du soir tandis que les aventuriers entament le reste de l'étape de montagne.




Au final, j'ai très peu de photos de ces derniers kilomètres car on n'a vraiment pas eu le temps d'immortaliser ces magnifiques paysages autrement que dans nos mémoires. Ca a grimpé (et mes lecteurs savent que ce n'est pas là que je suis la plus rapide), descendu (et là je refaisais mon retard), re-monté, etc. On voyait le temps avancer mais on avait l'impression de ne pas avaler les kilomètres assez vite. Alexis et Pierre-Alain (le jeune) ont alors fait une accélération tels des cabris dans leur élément naturel et nous les avons perdus de vue. Nous avons entamé l'impressionnante descente finale (sans savoir que c'était la descente finale car on croyait terminer en haut d'un pic à cause d'une erreur sur la carte du profil d'élévation du parcours) sans plus trop y croire, en essayant d'équilibrer pour un mieux vitesse et prudence afin de ne pas nous tordre une cheville ou faire un vol plané.

A un moment donné, l'autre Pierre-Alain qui était à quelques mètres devant moi a crié qu'il pensait apercevoir quelque chose pas loin en contre-bas. A cet instant, le soleil est sorti de derrière un nuage qui avait provisoirement obscurci le ciel et la forêt a pris une couleur un peu plus lumineuse et dorée (c'est donc ça une "illumination" ? ;o) Il faut croire que Kukai est vraiment avec nous !). Cette nouvelle d'une arrivée imminente m'a rendu un peu de forces pour traverser le Temple n° 45 (Iwaya-ji) en courant et galoper vers le bureau de calligraphies où les deux premiers arrivés - Alexis et Pierre-Alain, les cabris - avaient convaincu le bonze (moine bouddhiste) de nous attendre encore quelques instants. Il était en effet 17h et son assistant commençait à sonner la cloche. J'étais à bout de souffle mais tellement contente d'avoir réussi que j'ai demandé à l'assistant du moine de réaliser une photo de groupe avant de m'écrouler sur un banc.




Les héros/henros : Pierre-Alain (jeune), Isabelle, moi, Amélie,
Alexis et Pierre-Alain (ALJ)
Après avoir écouté les explications de Pierre-Alain tout en mangeant une mandarine réparatrice, j'ai fait le tour du temple pour le photographier et pouvoir ainsi le montrer aux trois autres qui ne l'avaient pas atteint. Je trouve notamment ce visage dessiné par les cavités dans la roche assez impressionnant. Au fait, vous ne serez pas étonnés d'apprendre que ce temple est listé comme nansho, à savoir les sites les plus difficiles à atteindre parmi les 88.
 




 
Vous pensiez la course contre la montre terminée ? Que nenni ! La nuit va bientôt tomber - au pays du soleil levant, l'astre solaire se couche tôt - et nous devons encore parcourir quelques kilomètres pour atteindre le ryokan (auberge traditionnelle). Sur la route, on longe un champ de thé. Je ne me souvenais pas en avoir déjà vu un de si près.
 



Au total, nous aurons parcouru 18 km ce vendredi. Enfin, nous rejoignons l'autre partie du groupe qui commençait à s'inquiéter à l'auberge Furuiwaya-so. Nous prenons possession de notre grande chambre de 35 tatamis (c'est l'unité de mesure ici), enfilons chacun notre yukata (kimono léger) et filons au onsen nous décrasser puis nous délasser dans le bain chaud.

A 19h30, un repas copieux nous est servi et, à 21h, certains d'entre nous installent déjà leur futon pour dormir ou lire encore quelques pages (je lis Botchan, un classique de la littérature japonaise qui se passe à Shikoku ; mais j'y reviendrai dans un autre papier). C'est que l'aventure ça fatigue ! Mais ça crée de très beaux souvenirs...