vendredi 12 octobre 2012

SHIKOKU : EXPLICATION DU PARCOURS ET TEMPLE N° 0 SOUS LE REGARD DE KUKAI

Le pélerinage des 88 temples de Shikoku (ou Shikoku Henro) compte en fait 88 temples principaux + 200 temples secondaires (bangai) + 2 temples particuliers : un avant et un après le parcours. Celui qu'on fait avant la longue marche c'est le To-ji à Kyoto et celui que l'on visite quand on a tout fini c'est le Mont Koya, du côté d'Osaka. Le pélerinage a donc commencé lors de notre passage à Kyoto par une visite au Temple n° 0 (To-ji, le Temple de l'Est), situé à une dizaine de minutes de la gare. Inscrit au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO, il abrite la pagode la plus haute du Japon et, tous les 21 du mois, un marché aux puces s'y tient. Mais si nous nous sommes rendus dans ce lieu, c'est que la tradition veut que l'on visite ce temple avant le voyage à Shikoku pour que tout se passe bien sur la route. Pas vraiment de prière en ce qui nous concerne mais ce léger détour a permis à ceux qui le souhaitaient d'acheter le carnet de calligraphies. Personnellement, j'ai préféré attendre la boutique du Temple n° 1 afin d'acquérir une version du cahier avec images.
 
 
 
Le Temple n° 0, c'est surtout l'occasion de faire un premier coucou à LA figure du pélerinage qu'on va retrouver à tous les temples : Kukai (alias "Kobo-Daishi" de son nom honorifique). Il a vécu à cheval entre les 8e et 9e siècles (774-835) et a cumulé les casquettes : poète, maître en calligraphie, ingénieur, enseignant, diplomate, créateur de la première école libre du Japon (c'est-à-dire une école d'arts et de sciences ouverte à tous les étudiants, sans tenir compte de leur statut social ni de leurs moyens financiers), etc. Personnage important du bouddhisme, il était aussi un homme de lettres qui a eu une forte influence au Pays du Soleil levant. Bref, il a laissé son empreinte sur la culture et la civilisation japonaises.
 
 
 
On lui attribue donc aussi la création du pélerinage de Shikoku bien qu'il ait plutôt parcouru cette île au 9e siècle et qu'on ne trouve de premières références à un tel parcours qu'au 12e siècle. Toujours est-il que cette aventure de 1200 km (1400 si on va aussi voir les temples secondaires) sur cette petite île très bien préservée du Japon existe dans sa forme actuelle des 88 temples depuis la fin du 16e siècle et que l'on continue à dire que Kukai accompagne les marcheurs pour les réconforter et les protéger.
 
 
Shikoku signifie en fait 4 (shi) pays (koku) car l'île est divisée en 4 régions comme on peut le voir sur la carte ci-dessus. Dans l'esprit du pélerinage religieux, chacune de ces préfectures - anciennement les provinces de Awa, Tosa, Ilyo et Sanuki - a été associée à un stade de développement personnel :

1 - Tokushima (en orange sur la carte, du n° 1 au n° 23) = l'éveil : les distances entre les temples ne sont pas très longues, le paysage est varié et passe entre des champs, dans les villages, en forêt, etc. Certains temples sont par contre difficiles à atteindre (notamment le 12) et constituent des épreuves pour progresser.

2 - Kochi (en rose, du n° 24 au n° 39) = l'ascèse : environ 360 km quasi sans cesse sur l'asphalte, le long du Pacifique, en plein soleil avec des distances parfois fort longues entre les temples. D'où les idées d'austérité et de discipline.

3 - Ehime (en jaune, du n° 40 au n° 65) = l'illumination : on commence sérieusement à être apaisé et libéré.

4 - Kagawa (en vert, du n° 66 au n° 88) = le nirvana : le bonheur d'avoir accompli tout le parcours ; c'est la finalité de la pratique bouddhiste.
 
On commence donc dans la préfecture de Tokushima (on part d'ailleurs de la ville-même de Tokushima) où se situe le Temple n° 1 et on tourne dans le sens des aiguilles d'une montre pour arriver au Temple n° 88 entre 2 et 3 mois plus tard si on le fait à pied (nous y reviendrons). Sur cette autre carte photographiée en cours de route, on voit bien que le parcours circulaire (la ligne orange ; en noir et blanc c'est le train) fait le tour de l'île (et on distingue très bien sur l'agrandissement nous concernant les méchantes montagnes situées entre les Temples n° 11 et 12... mais ce sera pour le dernier jour de cette expédition).
 
 
 
Et enfin, avant d'entrer dans le récit de cette aventure : mais pourquoi effectuer ce pélerinage ? Les raisons sont variées : certains le font évidemment toujours pour des motifs religieux mais d'autres se lancent aussi sur les routes pour casser la routine de la vie quotidienne, pour se lancer un défi sportif, pour se retrouver seul avec soi-même et réfléchir à plein de choses (selon la tirade connue "l'important n'est pas le but à atteindre mais le chemin lui-même")... Personnellement, c'est pour marcher dans la nature - comme j'ai déjà pu le faire au Canada - au milieu de paysages hors du commun, faire de la photo, aller à la rencontre d'autres cultures et ramener plein d'histoires à raconter... :o) 

SHIKOKU : COMMENT S'Y RENDRE

Si vous reprenez le plan posté en début de séjour, vous constaterez aisément que Tokushima (île de Shikoku) n'est pas la porte à côté de Tokyo (île de Honshu)...

 
Nous aurions pu prendre un avion pour changer d'île mais nous devions récupérer une partie de l'équipe des aventuriers à Kyoto avant de nous rendre à Tokushima. En effet, certains d'entre nous sont venus directement de France sans passer pas Tokyo ou habitent en tout temps au Japon et nous rejoignaient à la gare de Kyoto également. Nous avons donc pris à 10h10 le Shinkansen (le confortable et spacieux tgv japonais) et sommes arrivés à destination 2h30 plus tard, le modèle Hikari étant un des plus rapides. J'en ai profité pour avancer un peu dans le tri des photos pour ce blog.
 
 
 
 
 
Ca peut vous paraître bizarre que je photographie mon billet de train mais ici tout ticket de transport en commun est poinçonné à l'entrée et récupéré à la sortie donc on ne sait pas le garder en souvenir... sauf si on l'a en photo ! Une fois arrivés à Kyoto, nous sommes allés au Temple n° 0 (To-ji) - voir le billet suivant - après avoir retrouvé le reste de l'équipe. Ensuite un petit tour dans l'impressionnante gare futuriste de Kyoto que l'on doit à l'architecte Hiroshi Hara (oui le jardin où a été prise la photo de Kenji et moi est toujours dans la gare : c'est au sommet des escalators) pour refaire des provisions en vue du trajet et nous avons embarqué à bord d'un bus cette fois.
 
 
 
 
 
Durant les 2h30 de bus, ceux qui se voyaient pour la première fois ont fait connaissance, nous avons relu/commenté l'article récent de GEO consacré aux 88 temples de Shikoku, parlé de ce que nous avions consulté comme documentation et de cette aventure en général. Le soleil s'est couché sur la campagne japonaise, nous avons traversé le pont au niveau de Naruto pour changer d'île et sommes finalement arrivés à Tokushima. Repas et repos se sont ensuite enchaînés afin de partir à la première heure le lendemain pour le Temple n° 1. 
 
 
 
 
 
 

PROVERBES ET DICTONS DU JAPON (3)

Et un proverbe illustré de plus ! (je remercie au passage Dragon Celtique pour sa contribution à la réalisation du défi : grâce à lui le tofu pose avec grâce pour la photo... hi hi hi)



jeudi 11 octobre 2012

TOKYO : EXPEDITION AU MONT NOKOGIRI

Avant de pouvoir effectuer la randonnée sur le Mont Nokogiri, il faut prendre le métro jusqu'à une gare, ensuite le train pendant une heure, un bus vers le port de Kurihama et enfin un bateau pendant 40 minutes afin de traverser la baie de Tokyo. Quand on arrive enfin au port de Kanaya dans la préfecture de Chiba, il n'est pas encore midi mais on mange au Bay Side Fresh Market Place The Fish pour prendre des forces (et, de toute façon, le petit déjeuner est déjà oublié depuis longtemps). Le petit bateau n'est pas mon plat (merci Florian pour la photo) mais ce menu enfant auquel on a ajouté un plat de riz pour caler les adultes était mignon (kawaii comme diraient les Japonais). Moi j'ai mangé une assiette de pâtes aux fruits de mer.
 
 
 
 
 
 
Nous avons ensuite pris le téléphérique pour monter au sommet du Mont Nokogiri (la ligne est située sur la gauche du plan que j'ai photographié pour vous donner une idée). Au départ de ce point, nous avons descendu puis regrimpé des volées de centaines de marches en pierre au coeur du Mont afin de découvrir ses trésors : sa magnifique nature verdoyante en premier lieu mais aussi son immense bas-relief de Kannon (j'ai l'air minuscule à ses pieds), ses 1500 petites statues des disciples de Bouddha disséminés dans la montagne (je ne suis pas sûre de les avoir tous vus mais j'adore celui qui se tape sur le crâne) et enfin son énorme Bouddha Daibutsu de Nihon-ji. Ce dernier date à l'origine de 1783 mais il a subi au siècle passé une restauration de 4 ans qui s'est achevée en 1969. Il mesure 28 mètres de haut et se veut un symbole de paix et de tranquilité.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

On remonte ensuite vers le sommet : les marches de pierre défilent sous mes pas, j'en oublie de prendre des photos, mon coeur s'accélère, j'ai envie de boire 10 litres d'eau... et puis on arrive tout en haut plus vite que je ne l'aurais cru. C'était sportif mais je suis contente d'avoir participé à cette randonnée : les paysages en valaient la peine. Et maintenant le moindre escalier croisé nous refait penser à cette journée et paraît ridiculement petit ! Le téléphérique nous ramène alors au pied du Mont Nokogiri et nous nous dirigeons vers un onsen (bain chaud) non loin afin de se détendre les muscles. Quand on en sort, la nuit tombe doucement sur le port. Nous reprenons bateau, bus, train et métro vers Otsuka (là où je logeais l'an passé, juste à côté d'Ikebukuro où est situé mon hôtel cette année). Nous allons boire quelques cocktails au bar Speak Easy – mon breuvage préféré de l'an passé a subi une mise à jour et se nomme à présent “Sex in Otsuka 2” – à la “ALJ Night” organisée ce soir-là. On arrose l'anniversaire de Romain dignement puis j'abandonne à regret la fête pour rentrer préparer mon sac car demain c'est le grand jour du départ pour Shikoku.

 
 
 
 

mercredi 10 octobre 2012

TESTE POUR VOUS : LE ONSEN DE L'EPOQUE EDO

Mercredi soir, j'avais opté pour un retour dans le temps grâce à la sortie proposée par ALJ au Oedo-Onsen Monogatari sur Odaiba (à propos de ce quartier, voir mon récit de l'an passé : Odaiba : la surprenante baie de Tokyo). Ce lieu nous plonge en effet à l'époque Edo et offre aux visiteurs une zone de relaxation avec des bains à diverses températures mais aussi un grand espace de boutiques, jeux, échoppes de boisson et de nourriture dans lequel tout le monde se déplace vêtu d'un yukata (kimono léger d'été). Première étape donc : choisir sa tenue et la couleur de sa ceinture à l'entrée, passer au vestiaire et laisser là ses habits du 21e siècle.

 
 
 

Une fois vêtues de la tenue adéquate, les femmes rejoignent les hommes dans l'espace commun. Pascal, l'accompagnateur ALJ, vérifie que nous avons bien croisé les pans du yukata dans le bon sens (on ne met le côté droit sur le gauche que pour les morts) et nous guide dans un premier tour des lieux avec une explications des us et coutumes. Il nous entraîne notamment dans la charmante cour centrale (à l'extérieur donc) où est situé le circuit pour les pieds : on suit un serpentin d'eau chaude en marchant sur différentes surfaces censées masser les petons. Au début, les cailloux font mal mais on s'y habitue. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'on a adoré ce mini moment de torture collective mais on a bien ri ! De retour à l'intérieur, on se resépare des hommes pour aller dans la zone des bains puisqu'ils se prennent nus. Pas de photos à l'intérieur bien sûr mais vous pouvez en savoir plus sur le mode d'emploi d'un onsen en (re)lisant mon reportage exclusif dans un autre endroit semblable l'an passé : Testé pour vous : le onsen - reportage exclusif.
 
 
 
 
A la sortie des bains, Solaris, Cindy et moi rejoignons les hommes pour faire le tour des échoppes et choisir à manger (les autres filles sont parties tester des produits de beauté mais mon estomac a préféré le groupe des gastronomes, vous vous en doutez). Certains mangent un plat chaud, d'autres testent des desserts. Moi je suis séduite par une coupe de glace (sans blague !) avec des fruits frais et des douceurs comme du sirop de sucre brun, de la pâte de haricots rouges, des carrés mous ressemblant à des loukoums, etc.
 
 
 
 
 
 
Nous flânons ensuite encore un peu dans les boutiques (on a un bracelet qui nous sert de moyen de paiement et on règle la note globale à la sortie, que ce soit pour les souvenirs, les jeux ou la nouriture) et je prends encore quelques clichés avant de retraverser la baie de Tokyo et la moitié du centre-ville afin de rentrer me reposer en vue de la randonnée au Mont Nokogiri du lendemain. Et pour ceux qui se demanderaient où j'avais mis l'appareil photos durant toute cette déambulation à une autre époque : ce sont les amples manches du yukata qui renferment des poches.